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Quelques précisions à propos de Ni patrie ni frontières

samedi 24 janvier 2004, par Yves

M’étant totalement « déconnecté » des milieux révolutionnaires pendant 20 ans, j’ai redécouvert, en préparant ce petit bulletin depuis quelques mois, toute une série de comportements déplaisants que j’avais rangés dans un coin poussiéreux de ma mémoire : mépris des autres, incapacité à sortir de l’orthodoxie de sa chapelle, dogmatisme, condamnations à l’emporte-pièce, mémoire fortement sélective concernant les erreurs passées, mégalomanie, inimitiés personnelles, opportunisme, verbiage ultra-radical combiné à l’absence non moins radicale de toute activité militante, incantations rhétoriques contre la petite-bourgeoisie, etc.

Mais aussi, heureusement, des qualités fort stimulantes : esprit critique, intérêt pour le mouvement ouvrier et son histoire, volonté d’en découdre avec l’ordre existant, saine révolte contre l’oppression, hospitalité et même… sens de l’humour.

J’ai essayé de prendre ma plume pour exprimer ma perplexité devant la déliquescence de l’extrême gauche et de l’ultra-gauche au cours de ces vingt dernières années mais le résultat ne me satisfaisait pas.
Je voulais à la fois éviter toute équivoque quant à l’objectif de Ni patrie ni frontières et ne pas perdre mon temps avec certains individus (cf. l’encadré ci-dessous : « Le sadique sabota mon dessert »). Heureusement, je tombai sur un texte : « Verbalisme » écrit par Guy Fargette en 1989 mais qui - hélas - n’avait pas pris une ride.

Verbalisme signifie d’après le Petit Robert : « utilisation des mots pour eux-mêmes au détriment de l’idée » et a pour synonyme, selon le même dictionnaire, logomachie : « querelle sur des mots » (en clair pinaillage) mais aussi « assemblage de mots creux dans un raisonnement ». Et quelques lignes plus loin, dans la même page, on trouve aussi logorrhée : « flux de paroles inutiles ».

Ces trois termes définissent parfaitement une partie des pièges dans lesquels cette minuscule revue souhaiterait ne pas tomber et que le texte « Pour un bulletin de traductions et de débats » (reproduit à la fin de ce numéro) essayait de cerner. Ni patrie ni frontières aurait aussi bien pu s’appeler Ni logomachie ni logorrhée, et peut-être aurais-je dû choisir ce titre pour tenir à l’écart certains zozos.
Quoi qu’il en soit, il me semble utile de préciser à nouveau que les textes publiés dans cette revue puiseront dans deux sources :

- des textes classiques du vieux mouvement ouvrier international, dans ce qu’il a de plus vivant,

- des contributions actuelles, si possible de militant(e), ou au moins de gens qui ont eu une activité militante et qui savent de quoi ils parlent lorsqu’ils évoquent les luttes, les grèves, la répression ou les problèmes d’organisation.

Ce ne sont pas les revues académiques qui manquent, ni les lieux où toutes sortes d’intellectuels peuvent s’exprimer et écrire des choses, parfois très utiles, y compris pour le combat de la classe ouvrière contre les patrons. Mais entre un article exhaustif d’un universitaire britannique sur la révolution de Cromwell ou les délégués d’atelier (shop stewards) et celui d’un militant, aussi schématique soit-il, sur le même sujet, pas d’hésitation, je choisirai le second.

L’objectif de Ni patrie ni frontières n’est pas de servir de tribune à d’ex-gauchistes fatigués ou démoralisés. Il est de donner la parole à des militant(e)s ou à des hommes et des femmes qui ont gardé, vaille que vaille, une optique militante et ne crachent pas sur leur passé, quand bien même ils ne sont plus adhérents à tel ou tel groupuscule.

Pour en revenir à « Verbalisme », ce texte visait à l’époque certains courants (je laisse au lecteur le soin de découvrir lesquels), mais il m’a semblé avoir une portée plus large, parce que le climat qu’il décrit a, tel un nuage atomique, eu un rayon d’action beaucoup plus étendu et durable que son auteur, peut-être, ne l’imaginait il y a treize ans. (Yves Coleman.)

LE SADIQUE SABOTA MON DESSERT…

La sortie d’une nouvelle publication, même minuscule comme Ni patrie ni frontières, donne lieu à des rencontres ou des retrouvailles très sympathiques et à d’autres… qui le sont beaucoup moins. Un ultragauche, rédacteur de brochures incendiaires contre le capitalisme, demande à me rencontrer pour discuter. Tout se passe à peu près bien (enfin, pas tout à fait, ce monsieur ne pouvait mentionner le nom d’Arlette Laguiller sans l’accompagner de qualificatifs grossiers, ce qui aurait dû me mettre la puce à l’oreille) jusqu’au dessert où tout à coup notre marxiste pur et dur s’emporte contre les « gauchistes qui veulent régulariser tous les étrangers » (« Qu’est-ce qu’on fera quand on aura 50, voire 100 millions d’immigrés » ? » éructe-t-il d’une voix indignée), les « Beurs qui brûlent les voitures et agressent les prolétaires des banlieues » et contre « les Arabes qui sont encore plus racistes que les Français ». Et notre redoutable ennemi du « politiquement correct » de s’indigner que l’on critique Chevènement qui aurait « légalisé 80% des immigrés clandestins » ( !!!). Pour conclure par : « Et d’ailleurs pourquoi diable le racisme est-il si important pour toi ? » J’ai payé mon écot et ai laissé ce fin psychologue, ce grand rrrrrévolutionnaire tout étonné que je n’aie pas envie de l’écouter une seconde de plus débiter ces sornettes.

Mais peut-être, comme me l’a fait remarquer une amie, ces sornettes sont-elles symptomatiques : certains gauchistes confondent en effet prendre le contrepied de n’importe quoi et aller à la racine des choses. Tout comme ceux qui se crurent « radicaux » en mettant en doute l’existence des chambres à gaz et l’importance de l’Holocauste dans l’histoire du XXe siècle, parce qu’il s’agissait de vérités admises et donc automatiquement suspectes à leurs yeux, certains pensent être aujourd’hui super-révolutionnaires en dénonçant la lutte contre le racisme ou le soutien aux luttes des sans-papier. Emportés dans leur élan comme mon interlocuteur, et sans doute aussi par des pulsions de haine soigneusement niées, une partie (minuscule heureusement) de ces zozos franchissent un pas supplémentaire dans leurs « raisonnements » et se mettent à vitupérer contre les immigrés. La haine indistincte de tous les aspects du « politiquement correct » (baudruche inventée par la droite américaine) serait-elle le ciment qui unit ces pseudo extrémistes de gauche aux vrais extrémistes de droite ?

Quoi qu’il en soit, pour m’éviter toute rencontre désagréable, AVIS AUX RACISTES ET ANTISÉMITES CONSCIENTS ET INCONSCIENTS, ALLEZ DÉVERSER VOTRE BILE AILLEURS. Ce ne sont pas les oreilles complaisantes qui manquent dans ce pays si accueillant à vos idées. Au fait, combien d’immigrés et d’enfants d’immigrés a-t-on descendus cette année en France, combien en a-t-on arrêtés, insultés ou tabassés au « pays des droits de l’homme », monsieur le Phraseur Radical ? (Y.C.)