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Sarkozy = Vichy 2 ??? Débat

lundi 6 octobre 2008, par Yves

Réunion européenne

de Vichy :

fantasmes et réalités

Voici plusieurs textes qui ouvrent un débat : un appel du Comité de soutien aux sans-papiers de Tours (CSDASP) intitulé « Ils sont à Vichy, soyons pirates » et diffusé sur plusieurs sites Internet ; un billet d’humeur : « Fascisme partout, analyse nulle part » qui critique certaines affirmations fausses ou manipulatoires qui circulent dans les milieux sarkophobes ; la réponse du CSDASP de Tours et une dernière réponse de ma part. Cette discussion s’est ensuite élargie à d’autres participants dont nous publions les contributions. Elle est essentielle si nous voulons être un minimum crédibles dans nos critiques contre le gouvernement Sarkozy (sur ce sujet on consultera aussi le n° 21-22 de la revue) et ses mesures, mais aussi contre la politique de l’Union européenne.

Pour décrire la politique ignoble de l’UE, il ne sert pas à grand-chose de regarder 60 ans en arrière. Il faut plutôt se projeter 20 ans en AVANT. Les restrictions de plus en plus fortes à l’émigration de travailleurs (après la crise de 1974-1975), puis des demandeurs d’asile, puis du regroupement familial, etc., ne pointent pas vers une EXPULSION généralisée des « extracommunautaires » (même si la main-d’œuvre bon marché des nouveaux Pays de l’Est peut – temporairement – sembler une solution de substitution séduisante) mais vers une PRECARISATION accrue de leurs conditions de vie et de travail. Ce qui n’est pas du tout la même chose.

Il faut montrer en quoi cette précarisation des « clandestins » mène à une précarisation de tous les détenteurs de papiers en règle, citoyens de l’UE ou pas. Et ce ne sont pas les « réformes » du gouvernement Sarkozy dans tous les domaines qui me contrediront.

En clair, l’Europe continuera à régulariser officiellement et officieusement BEAUCOUP PLUS d’extracommunautaires qu’elle n’en expulsera, à moins d’imaginer un régime totalitaire européen baissant les salaires de 30 à 50 %, mettant les récalcitrants dans des Goulags, etc. On n’en est pas là. L’objectif de l’UE n’est pas d’EXPULSER tous les « extracommunautaires clandestins » (elle n’en a pas les moyens ; cela ne correspond pas aux intérêts des patrons qui ont besoin de main-d’œuvre ; la baisse de la natalité et le vieillissement de la population européenne posent des problèmes insolubles sans un apport régulier de main-d’œuvre « étrangère »), l’objectif est de les précariser, afin de conduire les différentes composantes des salariés européens à accepter VOLONTAIREMENT des conditions de travail et de vie dégradées.

L’exemple des Pays-Bas montre que ce processus est à l’œuvre depuis très longtemps, avant même la montée de l’extrême droite populiste dans ce pays. Les syndicats néerlandais ont accepté des baisses de salaires volontaires, le « dégraissage » de la fonction publique et le blocage des salaires des fonctionnaires, la privatisation partielle de la Sécurité sociale et des assurances chômage, la quasi suppression des bourses d’étudiants, le développement du temps partiel (400 000 personnes aux Pays-Bas travaillent moins de 10 heures par semaine), etc.

La réunion de Vichy au mois de novembre n’est pas une réunion française mais une réunion EUROPEENNE. L’argumentation doit se situer donc principalement à ce niveau-là, pour montrer que c’est partout en Europe que les gouvernements préparent la précarisation, l’accentuent, etc. Pour cela c’est un effort d’information et de contacts avec toutes les organisations européennes qui se démènent pour les sans-papiers qu’il faut déployer, plutôt que de faire appel aux contributions d’intellectuels au regard franco-centré qui ignorent la réalité des migrations dans le reste de l’Europe ou des historiens ou philosophes (ils abondent dans le milieu altermondalialiste) qui veulent déboulonner par tous les moyens Sarkozy pour nous mettre à la place un politicien ou une politicienne de gauche qui ne mènera pas une politique foncièrement différente !

Si la réunion de Vichy peut nous amener à accroître nos connaissances, non pas sur la Seconde Guerre mondiale, mais sur la condition des sans-papiers et des « extracommunautaires » dans l’Union européenne, alors oui cela peut-être quelque chose de très positif, d’autant plus que souvent les sans-papiers passent d’un pays à l’autre.

Donc travaillons à trouver des arguments concrets et percutants, plutôt que de répéter des slogans éculés et d’en rester au seul niveau des sentiments et des prévisions apocalyptiques démobilisatrices et paralysantes.

Y.C.

Ni patrie ni frontières

27/09/2008

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Ils sont à Vichy,

soyons pirates

« Les 3 et 4 novembre prochains, le chef du sinistre ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale organise, à Vichy, une rencontre au sommet de tous les ministres de l’Intérieur et de la Justice de l’Union européenne. Dans cette tâche laborieuse des quotas à mettre en place, des forteresses à ériger, des avions et des bateaux à affréter, des polices à mobiliser pour les expulsions de sans-papiers, Hortefeux et les 26 autres sinistres européens seront accompagnés de 200 personnes (députés, sénateurs, représentants du Comité économique et social européen, représentants des régions). Des « propres sur eux » de droite comme de gauche.

Depuis l’avènement de Nicolas Sarkozy, toute allusion, tout rapprochement entre son gouvernement et celui de l’an 1940 du Maréchal Pétain est répréhensible. Celles et ceux qui osent rapprocher les deux époques sont susceptibles d’être conspués, poursuivis par la police, condamnés par la justice...

En convoquant ce sommet à Vichy, ville symbole du gouvernement pétainiste et de cette sombre époque de chasse à l’intrus, c’est Hortefeux lui-même qui provoque les rapprochements. Tout comme Sarkozy, qui jaquetait pendant sa campagne que « le travail rend libre ». C’est cette phrase qui était au fronton du camp nazi d’Auschwitz, en Pologne.

Ce n’est pas nous non plus qui avons repris le principe de la « rétention de sûreté » chère à Rachida Dati en 2007, promulguée par ailleurs par Adolf Hitler en novembre 1933. Nous vivons une période nauséabonde où la politique xénophobe des États européens rappelle celle où le racisme était clairement revendiqué, alors... rassurons-les quand même. S’ils ne s’étaient pas réunis à Vichy pour ce sommet, on les aurait allumés aussi. Mais devant cette provocation vichyste, notre mot d’ordre est « à l’abordage » !

VICHY, TRAVAIL-FAMILLE-PATRIE

Hortefeux va ainsi consolider le symbole que représente cette ville par rapport à la politique de collaboration avec le régime nazi. Cette dénomination du « ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale » aurait sûrement satisfait le gouvernement Pétain, installé dans l’hôtel du Parc. C’est dans cette ville que fut décidée et mise en œuvre la politique de collaboration avec le régime nazi. Elle s’est traduite, entre autres, par l’internement en France, puis la déportation dans les camps de concentration de milliers de personnes sous prétexte qu’elles étaient juives, espagnoles ou italiennes antifascistes, homosexuelles, tziganes, handicapées, communistes, anarchistes, résistantes... C’est de cette ville que, comme les autres fonctionnaires, Papon recevait les ordres pour organiser les déportations de personnes à Bordeaux. C’est de cette ville que fut dirigée la Milice française. Comment alors ne pas faire le lien entre la politique de Vichy et celle du gouvernement de Sarkozy, du moins concernant le traitement des immigrants ?

VICHY,

MINISTÈRE EUROPEEN DES EXPULSIONS

Comment accepter de laisser pavoiser tranquillement les 27 patrons de la chasse à l’immigré ? Le ministre italien organise le fichage des Roms, puis après quoi ? Le ministre français organise les rafles d’étrangers, puis après quoi ? On sait toujours où commence un outil de répression, on ne sait jamais où et quand il se termine.

Pour exemple, le camp de Rivesaltes, fermé depuis 2007. Cet ancien camp militaire a été transformé en camp « d’accueil » pour les réfugiés espagnols. Ensuite, le gouvernement de Vichy y enferma des Juifs... en attendant leur déportation. Puis arrivèrent les prisonniers de guerre allemands et italiens. Pendant la guerre d’Algérie, des Algériens y furent également internés. De 1962 à 1977 des harkis y furent « accueillis », etc. De 1986 à 2007, ce camp a été transformé en Camp de rétention administrative (CRA). Pendant ces années, de nombreux sans-papiers y ont été retenus en attendant leur expulsion. Fin 2007, alors que les camps de « rétention » se multiplient, le centre a été déménagé car un musée-mémorial de « repentance » est en cours de construction sur le site. Les sans-papiers enfermés y seront-ils oubliés ?

Nous avons déjà assez supporté la vindicte policière, le racisme latent des gouvernants et leur cynisme, les conditions inhumaines de rétention, la double peine... Il faut dire non et nous mobiliser contre cette conception du monde qui conduit à faire mourir des milliers de gens lorsqu’ils tentent de rentrer dans l’espace Schengen et à en traquer les rescapés. Il faut briser la machine à expulser !

VICHY YA BASTA !

On ne pourra jamais empêcher des hommes et des femmes de vouloir émigrer et peu importe les raisons qui les poussent : misère, guerre, famine, épidémie, catastrophe naturelle, amour... Cessons cette démagogie qui consiste à dire qu’on va fermer les frontières : cela conduit à une chasse inhumaine, et c’est impossible !

De plus, la clandestinité profite aux patrons. Des travailleurs sans-papiers ont entamé un mouvement de grève avec occupation des lieux de travail afin d’être régularisés. Cette lutte rend visible le fait que les sans-papiers ne sont pas essentiellement des gens qui se cachent par peur du gendarme, mais des êtres humains essayant de vivre dans les conditions imposées par l’exploitation capitaliste. Cette survie est d’autant plus dure que leur statut administratif ne leur donne aucun droit, si ce n’est celui de payer des impôts, des charges sociales (Sécurité sociale...), avec en bonus la peur de croiser les flics à chaque coin de rue. Les sans-papiers sont instrumentalisés pour renforcer la précarité et donc faire pression sur le marché du travail en faveur des capitalistes.

En outre la chasse aux sans-papiers permet de mettre en place un arsenal législatif de plus en plus répressif. Cela légitime le renforcement du contrôle de la population (fichages...). Ainsi, lutter contre l’exclusion sociale, la précarité et la restriction de la liberté individuelle suppose de se mobiliser pour la régularisation globale de tous les sans-papiers.

Depuis près de 5 ans, le Réseau d’Education Sans Frontières, récemment accusé, comme d’autres, par le gouvernement d’être dangereux pour l’ordre public, a montré que les sans-papiers peuvent être aussi des parents d’élèves, des élèves ou des étudiants. Ce réseau se mobilise pour que des enfants et jeunes majeurs puissent poursuivre leur scolarité sans qu’ils vivent dans la crainte de l’expulsion de leurs parents et donc d’eux-mêmes.

Il en va de même pour les étudiants recevant des Obligations à Quitter le Territoire Français (OQTF). De même, des collectifs tentent de lier la lutte des sans-papiers avec celle pour l’obtention de logements aussi bien pour des personnes en situation régulière (de nationalité française ou étrangère) qu’irrégulière (sans-papiers). Les sans-papiers ne sont ni des quotas, ni des hordes fantomatiques de parasites, ni des criminels en papiers, ce que veulent nous faire admettre les États-puissances capitalistes. Ce sont des hommes, des femmes, des enfants essayant de vivre au sein de la société européenne.

Comme n’importe quelle personne, les sans-papiers sont des êtres humains à part entière, devant assurer leur (sur)vie. La prise en compte de cette multidimensionnalité des personnes montre que les problèmes que rencontrent les immigrés, notamment les sans-papiers, rejoignent ceux que connaissent les personnes de nationalité française et européenne. La lutte antiraciste, comme la lutte sociale, passe inévitablement par cette prise de conscience se traduisant concrètement par la convergence des luttes. Dès aujourd’hui, il faut se mobiliser devant les ministères, les préfectures, les camps de rétention, les ports et aéroports, les commissariats, les administrations...

Pour dire non à la xénophobie de l’État ! Pour la fermeture et la destruction des camps de rétention ! Pour la liberté d’installation et de circulation ! Pour l’ouverture des frontières ! Pour des papiers pour tous et toutes ! (…)

Collectif de Soutien

aux Demandeurs d’Asile

et aux Sans-papiers

6/9/2008

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Fascisme partout...

analyse nulle part !

LES COMPARAISONS AVEC VICHY…

Y’EN A MARRE !

À l’occasion d’une rencontre au sommet de tous les ministres de l’Intérieur et de la Justice de l’Union européenne à Vichy, on voit refleurir sur Internet la propagande la plus contre-productive contre le gouvernement. Une prose qui croit pouvoir mobiliser les travailleurs, et plus généralement la population, contre la politique réactionnaire de l’Etat en invoquant systématiquement le fascisme, la Seconde Guerre mondiale, le génocide des Juifs, la Milice, etc. Bref, le degré zéro de la réflexion politique.

Il suffit de comparer la situation de la France avec celle de TOUS les pays de l’Union européenne pour s’apercevoir que le gouvernement Sarkozy, loin de copier Vichy, ne « fait que » (et c’est déjà catastrophique) copier la politique menée dans les pays qui ont adopté la législation la plus répressive contre les migrants. Les nombreux textes de De Fabel van de illegaal disponibles sur le site mondialisme.org et édités en livre par nos soins montrent que les Pays-Bas tracent le chemin en matière de politique discriminatoire, de non-respect des droits de l’homme, d’arbitraire policier, juridique et administratif total.

Nul besoin de faire référence à Vichy et implicitement ou pas, au fascisme et au nazisme pour condamner et décortiquer une politique ignoble, xénophobe et raciste…

Le Collectif de Soutien aux Demandeurs d’Asile et Sans-papiers de Tours (CSDASP) écrit dans un texte diffusé sur Internet : « En convoquant ce sommet à Vichy, ville symbole du gouvernement pétainiste et de cette sombre époque de chasse à l’intrus, c’est Hortefeux lui-même qui provoque les rapprochements. »

En clair, aucun parti de gauche ou d’extrême gauche ne pourra jamais tenir une réunion à Vichy, parce que cette ville serait, depuis 60, ans une ville de « fascistes » potentiels ou une ville-symbole liée au fascisme pendant des siècles ? Et chaque fois que s’y tiendra une réunion de la droite ou une réunion gouvernementale, il faudra obligatoirement y faire allusion ? Diable, à ce compte-là, il n’y a pas beaucoup de villes qui ne sont pas marquées par la répression policière ou étatique, des meurtres racistes, des rafles de Juifs sous l’Occupation, ou plus simplement l’affairisme, la corruption, la présence lourde de la pègre, etc.

Et le CSDASP d’ajouter : « Tout comme Sarkozy, qui jaquetait pendant sa campagne que "le travail rend libre". C’est cette phrase qui était au fronton du camp nazi d’Auschwitz, en Pologne. »

C’est faux, il n’a pas repris la phrase du CAMP d’EXTERMI-NATION d’Auschwitz à son compte. Il a simplement brodé autour de la libération par le travail tout comme, dans un autre registre bien sûr, les socialistes, les communistes, les féministes et les anarchosyndicalistes le font depuis un siècle et demi. À moins que les Tourangeaux du Comité de soutien soient favorables au fait que les femmes restent à la maison…

Sinon on se demande pourquoi le mouvement ouvrier lutte pour que les femmes ne dépendent pas de leur mari ou compagnon ou de leur père... et donc qu’elles travaillent ! Parce que le travail rend forcément esclave ? Le travail salarié (autrement dit l’esclavage salarié), oui, est une forme d’exploitation dans le cadre de cette société capitaliste, aujourd’hui et maintenant. C’est aussi et en même temps un moyen d’acquérir une indépendance économique pour les jeunes qui veulent devenir autonomes de leur famille, les femmes qui souhaitent être indépendantes des mecs, etc. Que je sache les SDF, les RMIstes et les chômeurs aimeraient bien avoir du boulot ! Quel boulot ? Comment pourrait-on abolir le salariat dans une autre société, c’est une autre question, mais qui n’a pas vraiment sa place dans un texte sur la politique répressive contre les migrants.

« Ce n’est pas nous non plus qui avons repris le principe de la « rétention de sûreté » chère à Rachida Dati en 2007, promulguée par ailleurs par Adolf Hitler en novembre 1933 », affirme le CSDASP.

Quel est le rapport entre la rétention de sûreté qui existe dans de nombreux pays actuels (Allemagne, Pays-Bas, Belgique, Canada – tous fascistes donc ?) et Hitler ? Aucun. Cela ne rend pas cette loi plus acceptable bien sûr, mais ce type d’argument c’est vraiment du « n’importe quoi ».

« Hortefeux va ainsi consolider le symbole que représente cette ville par rapport à la politique de collaboration avec le régime nazi », déclare le CSDASP.

Encore une fois, les habitants actuels de Vichy ne sont pas tous des pétainistes ou des nostalgiques du pétainisme. On est dans la démagogie totale. Ce « symbole » n’en est pas un.

« C’est dans cette ville que fut décidée et mise en œuvre la politique de collaboration avec le régime nazi. »

Ah bon, parce la Collaboration avec les nazis s’est limitée à une seule ville en France ? A Paris il ne se passait rien alors ?

« Elle s’est traduite, entre autres, par l’internement en France, puis la déportation dans les camps de concentration de milliers de personnes (...). C’est de cette ville que, comme les autres fonctionnaires, Papon recevait les ordres pour organiser les déportations de personnes à Bordeaux. »

Là, c’est carrément absurde. Les migrants expulsés de France ne sont pas enfermés dans des camps d’extermination quand ils arrivent dans leur pays. La comparaison n’a aucune valeur. De plus, elle induit l’idée que les nazis ont eu une politique d’extermination semblable pour toutes les catégories citées, ce qui est historiquement FAUX.

« Comment alors ne pas faire le lien entre la politique de Vichy et celle du gouvernement de Sarkozy, du moins concernant le traitement des immigrants ? (...) C’est de cette ville que fut dirigée la Milice française. »

Quel lien entre la Milice et la situation politique actuelle ? Aucun.

« Pour exemple, le camp de Rivesaltes, fermé depuis 2007. Cet ancien camp militaire a été transformé en camp “d’accueil’’ pour les réfugiés espagnols. Ensuite, le gouvernement de Vichy y enferma des Juifs... en attendant leur déportation. Puis arrivèrent les prisonniers de guerre allemands et italiens. Pendant la guerre d’Algérie, des Algériens y furent également internés. De 1962 à 1977 des harkis y furent ‘‘accueillis”, etc. »

Donc si l’on suit le « raisonnement » de ce texte, les réfugiés espagnols, les Juifs, les Algériens et les harkis ont connu le même sort ? Et si ce n’est pas le cas, quel est donc l’intérêt de ces énumérations et de ces comparaisons ? Les bras m’en tombent. Autant une initiative contre la réunion interministérielle européenne à Vichy me paraît positive, autant il me semble qu’elle doit se faire sur des bases politiques claires et compréhensibles, pas en puisant dans un arsenal démagogique et peu crédible.

Y.C.

8/9/2008

P.S. Il est évident que les critiques ci-dessus n’empêchent pas la solidarité matérielle et politique avec tous ceux qui sont poursuivis pour « diffamation » quand ils attaquent par écrit ou oralement les flics, les juges, les préfets, les ministres ou le président de la République en usant de cette comparaison abusive avec Vichy. Ceux qui souhaitent un peu plus détails sur Vichy pourront consulter l’article « Pourquoi le gouvernement Sarkozy n’est pas Vichy2 » http://www.mondialisme.org/spip. php ?article979 ou le N° 21-22 de Ni patrie ni frontières intitulé « Offensives réactionnaires ».

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Réponse

du Comité de soutien

aux sans-papiers de Tours

Nous avons bien reçu ton texte virulent critiquant notre appel « ILS SONT A VICHY SOYONS PIRATES ! ».

Tout d’abord, que les choses soient claires, nous ne pensons pas que le vichysme est de retour. D’ailleurs, jamais dans notre appel il n’en est question. Plus simplement, nous affirmons que Sarkozy et consorts font appel à des symboles plus que nauséabonds. Or, ce qui nous pose question, ce n’est pas que Sarkozy se transforme en Pétain, mais pourquoi il utilise de tels symboles.

Et là, pour le coup, cela ne peut être neutre, compte tenu de ses références constantes à la Seconde Guerre mondiale (Guy Moquet etc.) ; il faut donc être vigilant à ce propos. Bien évidemment, nous sommes d’accord pour dire que la situation actuelle n’est pas semblable à celle des années 1940. Mais nous maintenons donc qu’Hortefeux provoque ces rapprochements. Ce qui ne rend évidemment aucunement responsables les habitants actuels de Vichy ! Nous n’y pouvons rien (comme les Vichyssois) si Pétain a choisi Vichy comme siège de son gouvernement.

C’est bien Pétain et consorts qui ont accepté la collaboration, qui en ont fait la propagande ; c’est bien à la demande de Laval que les enfants juifs (dont les familles étaient d’origine étrangère dans un premier temps) ont été déportés, et ce à la grande surprise des responsables nazis, et c’est bien Pétain et son gouvernement qui donnaient des ordres aux fonctionnaires concernés ! C’est bien sous la responsabilité de Pétain que la police française organisa les rafles, et pas uniquement à Vichy ! (Le procès Eichmann montre, entre autres, que les déportations à l’échelle européenne n’auraient pu avoir l’ampleur que nous connaissons sans la collaboration des différents Etats impliqués et donc de leur police et milices, cf. le livre de H. Arendt sur le sujet).

Dans ce texte, nous ne parlons pas des nazis, mais uniquement du gouvernement de Pétain et de sa politique en matière de collaboration.. Nous sommes désolés, elle s’est traduite, entre autres, par l’internement en France, puis la déportation dans les camps de concentration de milliers de personnes sous prétexte qu’elles étaient juives, espagnoles ou italiennes antifascistes, homosexuelles, tziganes, handicapées, communistes, anarchistes, résistantes...qui n’ont pas été toutes exterminées car pas toutes logées à la même enseigne. (Nous ne comprenons pas comment on peut remettre cela en cause !)

Il est difficile d’imaginer qu’Hortefeux n’ait pas pensé à tout cela ou du moins une personne de son staff.. C’est donc un choix politique, choix que nous dénonçons. Il n’est quand même pas neutre de réunir des ministres européens, pour parler d’intégration des personnes d’origine étrangère (autrement dit, comment expulser des êtres humains et coordonner les politiques en ce sens) à Vichy ; le gouvernement sait quand même ce qu’il fait !

Cela n’interdit pas que des rencontres aient lieu à Vichy, mais sur ce sujet, il est évident que le caractère symbolique que représente cette ville est incontournable. On ne peut nier que l’action politique des gouvernants s’appuie sur des symboles. Lorsque Sarkozy déclare dans un meeting « le travail rend libre », il sait très bien que cela va faire réagir. De même, lorsque Rachida Dati utilise l’expression « rétention de sûreté », elle connaît la charge symbolique du vocabulaire qu’elle emploie. Ou alors cela signifie que l’élite politique n’a aucune mémoire !

Le langage, les symboles ne sont jamais neutres. Il y a eu suffisamment d’études sur les rapports entre l’exercice du pouvoir et l’utilisation du langage (http://www.laviedesidees.fr/Langue-des-bourreaux-langue-des.html) pour ne pas insister plus à ce propos. L’objectif est de banaliser des idées, des conceptions de plus en plus autoritaires et sécuritaires.

Nous trouvons que tu as une vision bien conformiste du rapport au travail. Si la majorité des gens recherche un emploi c’est pour, en premier lieu, avoir des ressources. Tu sembles faire peu cas des luttes pour le revenu garanti, la gratuité des services publics, du logement (squat), etc. En outre, le lien entre l’amélioration des conditions matérielles de vie et l’obtention d’emploi est de plus en plus remis en cause, vu que de plus en plus de travailleurs ne sont plus assez payés pour satisfaire leurs besoins.

En outre, on ne peut passer sous silence la crise de la valeur travail qui peut être porteuse de perspectives alternatives, voire révolutionnaires, en remettant en cause la centralité du travail. Ainsi le travail pourrait trouver une autre place : une activité sociale parmi d’autres. Le but est d’imaginer des formes d’organisation sociale permettant de « connaître et maîtriser nos conditions d’existence ». Cela suppose, si on s’intéresse à la place du travail, de déterminer collectivement ce que nous voulons produire, comment et à quelles fins.

Donc le thème de la libération par le travail nous semble pour le moins obsolète et en tous cas n’a pas fait avancer la pensée révolutionnaire ; bien au contraire, la bourgeoisie sera toujours en position dominante sur ce registre, puisque c’est un de ses piliers idéologiques.

A propos de l’exemple du camp de Rivesaltes, il paraît évident que lorsque Daladier fait ouvrir des camps (dont celui de Rivesaltes) pour y enfermer des réfugiés espagnols, il ne pouvait imaginer qu’ils serviraient pour y enfermer des Juifs en vue de leur déportation. De même il ne pouvait imaginer que des Algériens y seraient également enfermés et encore moins les harkis. Jamais nous n’avons dit que ces différentes personnes ont subi le même sort. Il en va de même pour les sans-papiers.

Le point commun à tous ces êtres humains est d’avoir été enfermés dans un même camp (Rivesaltes). Les raisons, les motivations de ces différents enfermements ont évolué en fonction des circonstances historiques. Personne, dans la société française en 1938, ne pouvait imaginer quels seraient les différents types de populations qui s’y retrouveraient prisonniers.

C’est pourquoi on demande la fermeture des camps de rétention et leur destruction, car on ne peut savoir qui y « séjournera » dans les années futures et pour quel motif ni quelles en seront les conséquences.

C’est aussi montrer qu’accepter le maintien d’un outil d’enfermement pour certaines personnes (en l’occurrence les sans-papiers) c’est prendre le risque de s’y retrouver si l’Etat décide d’y enfermer, par exemple, des militants ou toute personne jugée déviante. C’est tenter de montrer que les sans-papiers ne sont pas les seuls concernés, et ce au regard de l’expérience historique !

Nous arrêtons là notre réponse. Nous ne donnerons pas de note sur la qualité de ta lecture du texte que nous avons diffusé. Nous préférons dialoguer entre camarades, plutôt que de s’envoyer des insultes et des réflexions méprisantes, même s’il y a des désaccords importants. Peut être aurait-il fallu être plus clair quant à notre intention, en écrivant que nous ne pensons pas que Sarkozy est un nouveau Pétain ; cela nous semble pourtant trop évident.

Collectif de Soutien

aux Demandeurs d’Asile

et aux Sans-papiers de Tours

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Sarkozy et Vichy II :

Discours creux

ou analyse politique ?

Je remercie les camarades du Comité de soutien aux sans-papiers de Tours d’avoir pris la peine de me répondre, d’autant plus qu’ils se sont apparemment sentis victimes d’ « insultes » et de « mépris » de ma part. Ce n’était pas mon intention de les blesser, mais plutôt de les bousculer vigoureusement pour les inciter à préciser leur position. Ce qu’ils tentent de faire dans leur brève réponse, mais malheureusement d’une manière fort peu convaincante, à mon avis.

Le contexte politique depuis l’ascension de Sarkozy

Avant d’entrer dans le vif de la discussion, il faut rappeler un peu le climat politique dans lequel nous nous trouvons depuis 2002. Depuis que Sarkozy occupe le devant de la scène médiatique, qu’il a été nommé successivement ministre de l’Intérieur, ministre de l’Economie, de nouveau ministre de l’Intérieur et enfin élu président de la République, on assiste en France à un renouveau, à une réactivation de « l’antifascisme » le plus simpliste, sous la forme d’une sarkophobie galopante et parfois délirante (1).

L’antifascisme (qui a de multiples variantes, de sa version stalinienne et post-stalinienne aux versions libertaire, trotskyste ou sociale-démocrate) repose sur l’idée grossière qu’il y aurait seulement deux camps, les méchants et les gentils, les fascistes et les antifascistes. L’extrême droite et la droite seraient irréversiblement attirées vers le fascisme, la gauche et l’extrême gauche (parfois aussi, pour certains, les « démocrates » et les « républicains ») irréversiblement attirées vers l’antifascisme.

Ce type de raisonnement binaire ne permet pas de comprendre pourquoi tous les partis communistes entre 1928 et 1934 traitèrent tous les partis socialistes de sociaux-fascistes ; pourquoi le PCF tendit la main aux « chemises vertes » organisées par le leader paysan fasciste Dorgères en 1934 ; pourquoi le PCF demanda la reparution de L’Humanité sous l’Occupation allemande ; pourquoi ce même parti dénonça De Gaulle comme le « fourrier de l’impérialisme britannique », pour après encenser le général jusqu’en 1947 ; pourquoi la Chambre du Front populaire, à l’exception des députés du PC et de quelques autres, vota les pleins pouvoirs à Pétain ; pourquoi De Gaulle, catholique proche de l’Action française devint l’idole de la Résistance ; pourquoi les socialistes planistes exclus de la SFIO (dont Marcel Déat) fournirent des cadres importants au régime de Pétain ; ou pourquoi les pétainistes de l’école d’Uriage sous l’Occupation eurent comme conférenciers des individus qui tournèrent leur veste opportunément et devinrent « de gauche » après-guerre (Hubert Beuve-Méry, futur fondateur du Monde ; Jean-Marie Domenach fondateur d’Esprit ; Emmanuel Mounier, philosophe apprécié par les cathos de gauche et théoricien du personnalisme) ; ou pourquoi les deux tiers des notables de la Corporation paysanne vichyste conservèrent leurs places dans les institutions paysannes après la Libération, etc.

Pour prendre des exemples plus récents, si l’on divise le monde seulement entre fascistes et antifascistes, on ne comprend pas pourquoi Sarkozy peut se réclamer du gaullisme, de la Résistance, rendre hommage à Guy Moquet, intégrer dans son gouvernement des figures importantes de la gauche, etc. On ne comprend pas non plus pourquoi Mitterrand a protégé Bousquet, et De Gaulle embauché Papon, en toute connaissance de cause.

Faire semblant de voir le fascisme partout, ou plus exactement de voir les prémisses du fascisme ou de la dictature militaire partout, a cependant un avantage : cela permet de répéter les mêmes clichés éculés depuis 60 ans dans toutes les situations politiques, quelles qu’elles soient, et de faire l’économie d’analyses historiques spécifiques. Pour les militants paresseux, cela offre un confort intellectuel garanti.

C’est d’ailleurs en partie pourquoi le PCF dénonça le coup d’Etat de De Gaulle en 1958 comme un coup d’Etat fasciste ; pourquoi les étudiants crièrent « CRS = SS » en 1968 ; pourquoi Eric Besson, avant de virer sarkozyste, prépara un argumentaire amalgamant systématiquement Sarkozy à l’extrême droite ; pourquoi Act Up édita une affiche affirmant « Voter Sarkozy c’est voter Le Pen » ; ou pourquoi Guigou, à l’Assemblée, expliqua que la loi Dati sur la rétention de sûreté pouvait mener à des « dérives totalitaires ».

C’est ce simplisme-là, ce refus de distinguer entre des situations politiques concrètes, d’en dégager les nouveautés et les particularités, et donc de rester dans l’incantation creuse que j’ai appelé dans mon billet d’humeur « le degré zéro de la pensée politique ».

Et, hélas, trois fois hélas, en lisant la réponse du CSDASP, je persiste et signe dans mon jugement négatif.

« Sarkozy n’est pas Pétain », mais….

Tout tient dans ce « mais » que j’ajoute derrière la citation du CSDASP. En effet, ces camarades ont écrit deux textes à propos de la réunion des ministres de l’Intérieur et de la Justice de l’Union européenne, les 3 et 4 novembre, à Vichy. Cependant, en dehors d’une description de la situation catastrophique des sans-papiers en France, le point fort de leur argumentation est centré sur des événements qui se sont déroulés en France entre 1940 et 1944. Pas une seule fois ils ne cherchent à expliquer à leurs lecteurs quelles peuvent être les conséquences REELLES, ACTUELLES, CONCRETES de cette réunion. À croire que c’est un colloque d’historiens révisionnistes d’extrême droite qui va se réunir en novembre à Vichy….

Ainsi dans sa réponse, le CSDASP reprend son mantra intemporel sur Pétain, la Collaboration, Laval, les enfants juifs déportés et les fonctionnaires collabos. Rappelons que ma critique ne portait pas sur les actes de Pétain ou du régime vichyste, mais sur la validité d’une comparaison quelconque entre Pétain et Sarkozy ! Le CSDASP répond qu’il fait parfaitement la différence entre ces deux dirigeants, et entre leurs deux régimes, mais n’arrête pas de pointer des ressemblances ou des points communs, et il utilise quatre fois les termes « rapprochement » et « rapprocher ».

Le CSDASP nage dans l’inconséquence et l’incohérence totale.

Ainsi il affirme : « Dans ce texte, nous ne parlons pas des nazis ». Cette assertion est FAUSSE puisqu’il est fait allusion deux fois explicitement au régime nazi, ainsi qu’à la devise du camp d’Auschwitz, symbole (très réel celui-là) de l’extermination nazie des Juifs et à la loi Dati sur la rétention censée être une loi d’inspiration nazie (sans d’ailleurs qu’on nous précise en quoi). De plus avec qui collaborait Pétain ? Avec les nazis ! Avec qui collabore Sarkozy ? avec tous les gouvernements de l’Union européenne ! Où est la pertinence d’une telle comparaison ou de telles associations d’idées que l’on suscite délibérément chez les lecteurs ?

Le CSDASP rappelle « l’internement en France, puis la déportation dans les camps de concentration de milliers de personnes (...) qui n’ont pas été toutes exterminées car pas toutes logées à la même. (Nous ne comprenons pas comment on peut remettre cela en cause !) »

Se rendant compte que l’on ne peut pas, sous l’Occupation, loger tout le monde « à la même enseigne » exterminatrice, mais seulement APRES que j’eus dénoncé la grossièreté de l’amalgame, le CSDASP revient timidement en arrière, mais sans préciser vraiment qui a été victime de quoi. L’expulsion, la déportation, l’emprisonnement, l’enfermement dans des asiles, le travail forcé, le peloton d’exécution ou l’extermination systématique, est-ce la même chose ?

Le CSDASP joue avec un symbole (la déportation, qui dans l’inconscient collectif et dans les raisonnements de beaucoup de gens, rime avec l’extermination des Juifs). Puis il ajoute avec une insigne mauvaise foi : « Nous ne comprenons pas comment on peut remettre cela en cause ! » Ce ne sont pas les faits historiques cités dans l’appel du CSDASP que j’ai remis en cause (cette insinuation est diffamatoire et calomniatrice). Ce que je remets en cause, c’est le parallèle entre les déportations sous l’Occupation et les expulsions actuelles de travailleurs émigrés ou la « chasse aux enfants » dans les écoles.

LA DEPORTATION en direction d’un CAMP d’EXTERMINATION (Auschwitz mentionné dans les deux textes) ce n’est pas du tout la même chose que l’expulsion en direction de son pays natal, même bâillonné, tabassé et encadré par des policiers.

C’est LE RAPPROCHEMENT entre la situation de la France sous l’Occupation et celle de la France sous Sarkozy qui est MANIPULATOIRE. On ne peut comprendre un tel procédé grossier que dans le cadre de l’idéologie « antifasciste » dont on connaît la fonction politique : en période de crise sociale grave ou de guerre, créer l’union nationale, provoquer le soutien d’une fraction de la bourgeoisie contre une autre fraction des exploiteurs, empêcher tout changement social radical ; en période pré-électorale nazifier (ici vichyfier) la droite pour mieux faire élire la gauche ou du moins empêcher toute critique du réformisme en obligeant tout le monde à serrer les rangs. L’antifascisme, bien manipulé, mène à l’apologie de la « démocratie libérale » ou/et à l’union nationale derrière une fraction ou la totalité de la bourgeoisie, selon les circonstances historiques.

On en a eu d’excellents exemples avec la façon dont Mitterrand a instrumentalisé le FN pour diviser la droite, puis avec le vote de la gauche (et d’une partie de l’extrême gauche) pour Chirac en 2002. Et ce n’est pas un hasard si une partie du PS a mené (et continue à mener) une campagne contre Sarkozy et l’UMP, dans ce cadre pseudo antifasciste. Le CSDASP, bien involontairement, roule pour le PS en « vichyfiant » Hortefeux et Sarkozy.

Il reprend aussi (sans le savoir ?) les grosses ficelles d’une stratégie utilisée par les idéologues maos des années 60 et 70 qui croyaient incarner une « Nouvelle Résistance populaire » face à une prétendue « fascisation rampante », et évoquaient sans cesse dans leurs tracts et leurs journaux Vichy, Pétain, la Milice et les « kollabos » du « PCGT » ou de la hiérarchie patronale.

Et ce n’est pas tout à fait un hasard si ce sont les intellectuels proches des maos (Sartre, Foucault, etc.) qui sont les pères spirituels des idéologues post-modernes et « déconstructionnistes » actuels (cf. plus loin), idéologues qui mettent l’accent sur le rôle décisif du langage, des images et de la propagande dans la « fabrique du consentement » et la « passivité des masses ».

Symbole ou dure réalité ?

La seconde ligne de défense du CSDASP consiste à passer d’un usage désinvolte et confus de faits historiques hétérogènes et sans rapport avec la réalité actuelle et la réunion des ministres européens de la Justice et de l’Intérieur, à des généralités pédantes sur « l’usage du langage par le pouvoir » et la manipulation supposée délibérée par Hortefeux et Sarkozy (mais aussi, si l’on suit ce raisonnement, par TOUS les gouvernements de l’Union européenne) du « symbole de Vichy ».

À ce propos, j’aimerais que le CSDASP nous explique quel intérêt politique Sarkozy, ami d’Israël, attaché à ses (lointaines) « origines » juives, partisan de la prise en charge d’enfants juifs (assassinés sous l’Occupation) par les écoliers français d’aujourd’hui, grand copain de la droite dure israélienne, quel intérêt aurait donc Sarkozy

1) à reprendre un pseudo-symbole éternel de la collaboration avec les nazis (Vichy),

2) à utiliser délibérément une devise nazie (« Le travail rend libre ») que, je le répète, Sarkozy n’a pas reprise à son compte dans le sens que lui prêtent ses détracteurs,

3) à imposer une loi d’inspiration nazie (j’attends toujours – et j’attendrai sans doute longtemps – la comparaison précise et détaillée entre, d’un côté, la loi adoptée sous Hitler en 1933 et surtout la façon dont elle fut appliquée à l’époque et, de l’autre, la loi Dati sur la rétention de sûreté qui aurait, paraît-il, une « charge symbolique » tellement évidente…que le CSDASP ne nous en précise pas la nature !).

Dans aucun de ses deux textes le CSDASP nous explique ce que pourrait gagner le gouvernement Sarkozy – mais aussi tous les gouvernements de l’Union européenne dont les ministres de l’Intérieur et de la Justice se réunissent à Vichy – à provoquer un rapprochement inconscient ou conscient entre sa (leur) politique et celle des nazis.

L’affirmation est en effet tellement énorme…qu’elle ne peut être démontrée. Mieux vaut donc parler d’ « évidence » quand on lance de pareilles absurdités dans un débat politique.

Ainsi : « il est évident que le caractère symbolique que représente cette ville est incontournable. (…). On ne peut nier que l’action politique des gouvernants s’appuie sur des symboles (…). Le langage, les symboles ne sont jamais neutres. Il y a eu suffisamment d’études sur les rapports entre l’exercice du pouvoir et l’utilisation du langage pour ne pas insister plus à ce propos. L’objectif est de banaliser des idées, des conceptions de plus en plus autoritaires et sécuritaires. »

On retrouve là une idée très à la mode chez certains spécialistes de la critique littéraire et philosophes qui tiennent le haut du pavé désormais dans l’intelligentsia de gôche et altermondialiste. On « déconstruit » les discours (en clair, on décortique les mots et les associations d’idées et les sentiments qu’ils permettent de susciter et de manipuler ; mais on se permet soi-même toutes sortes de manipulations dans la contre-propagande).

C’est ainsi que dans le film Chomsky et Compagnie, le linguiste américain réduit l’avènement et le triomphe du nazisme à la manipulation des sentiments, des peurs et des mots par le ministère de la Propagande, passant sous silence tout ce qui s’est passé en Allemagne entre le putsch de Munich en 1923 et la nomination de Hitler comme chancelier en janvier 1933. Ainsi que tous les événements survenus entre janvier et juillet 1933, date de l’interdiction de tous les partis politiques (1).

Il n’est pas étonnant qu’ayant été à une si piètre école, ignorant volontairement les faits sociaux et historiques, les théoriciens « déconstructionnistes » et leurs disciples libertaires croient que le langage modèle, façonne, la réalité sociale. Dans le cas des partisans de la « French Theory » ou des féministes universitaires radicales chic on comprend l’intérêt de cette démarche, opposée à toute analyse des faits matériels et à toute démarche militante. Pourquoi se faire suer à diffuser des tracts, manifester dans la rue, coller des affiches, affronter les flics, passer des heures en garde à vue ou risquer la prison, si on peut changer le monde en changeant simplement quelques mots, en poliçant le vocabulaire et en pondant confortablement des articles dans leur salon au son du rap contestataire ou de la « musique ethnique » sur leur chaîne hifi ? Cela leur permet d’acquérir des niches dans l’Université en utilisant un langage abscons censé être novateur. Et, en bonus, ils acquièrent une aura morale à bon marché, en présentant leurs petits jeux élitistes avec les mots et les concepts comme des armes politiques décisives pour le changement politique.

En ce qui concerne le CSDASP, à part « l’avantage » de paraître super branchés, on ne voit pas ce qu’une telle « innovation » apporte à l’interprétation politique précise du sarkozysme. Si ce n’est nous distiller des truismes sur l’importance de la propagande dans la vie politique.

Le CSDASP cite dans sa réponse une interview de Saul Friedländer et Pierre-Emmanuel Dauzat, mais il en détourne totalement le sens dans une orientation favorable aux thèses déconstructionnistes et post-modernes les plus absurdes : en effet Friendländer et Dauzat évoquent ce que les NAZIS (pas la droite de la République de Weimar, les Sarkozy et Hortefeux de l’époque, si l’on tient absolument à établir une comparaison entre la France de 2008 et l’Allemagne AVANT 1933) ont fait subir à la langue allemande pendant les 12 ans qu’ils étaient au pouvoir, mais nulle part ils n’expliquent que la création des camps de travail puis de concentration et d’extermination, le déchaînement de violence des SA avant 1933 et de la police après 1933, le régime de terreur généralisé installé en Allemagne, la mobilisation obligatoire de la population dans toutes sortes d’institutions répressives ou d’embrigadement idéologique, l’activité des SA puis des SS, l’enrôlement dans l’armée pour mener des guerres extérieures, nulle part ces deux intellectuels n’expliquent que tout cela aurait été rendu possible par le seul usage d’un vocabulaire spécifique… Ils s’intéressent à UN des éléments, parmi bien d’autres, du système totalitaire mais ils ne le transforment pas, comme le font les déconstructionnistes et les post-modernes, en l’explication centrale de son existence.

Quel est l’intérêt de cette référence à l’Allemagne nazie ? Le CSDASP veut-il nous faire croire que nous serions DEJA dans un régime pré-totalitaire qui serait en train de purger la langue et de nous anesthésier lentement avant de nous porter le coup de grâce ? Connaît-il vraiment l’histoire concrète du nazisme et du fascisme AVANT la prise du pouvoir ? Veut-il nous faire croire qu’un véritable régime totalitaire pourrait s’installer en négligeant l’arme de la force pure, de la destruction des syndicats, des partis, de toutes les libertés publiques, etc. ?

On remarquera enfin que, dans cette partie de la réponse du CSDASP, il n’est plus explicitement fait allusion au caractère pro-nazi du régime pétainiste mais à des « conceptions de plus en plus autoritaires et sécuritaires », expression tellement vague que l’on peut mettre n’importe quoi derrière.

La libération par le travail ? Devise nazie ou conception « révolutionnaire obsolète » ?

Vu le revirement complet que représente la position du CSDASP entre le premier et le deuxième texte, et au sein même du second, je me vois obligé de citer longuement plusieurs passages de sa réponse :

« Nous trouvons que tu as une vision bien conformiste du rapport au travail. Si la majorité des gens recherchent un emploi c’est pour, en premier lieu, avoir des ressources. Tu sembles faire peu de cas des luttes pour le revenu garanti, la gratuité des services publics, du logement (squat), etc. »

Je rappelle que le sujet de l’appel du CSDASP est la dénonciation d’un sommet des ministres de l’Intérieur et de la Justice sur « l’intégration », pas un programme général de société commun à tous les gouvernements capitalistes d’Europe…. Que viennent faire ici les squats, la gratuité des services publics, ou même le revenu garanti ? Et « garanti » par qui ? par un Etat « autoritaire », « sécuritaire » et crypto-pétainiste, si l’on en croit le CSDASP ?

Mais continuons notre lecture :

« En outre, le lien entre l’amélioration des conditions matérielles de vie et l’obtention d’emploi est de plus en plus remis en cause, vu que de plus en plus de travailleurs ne sont plus assez payés pour satisfaire leurs besoins. »

Bel exemple de prose déconnectée des réalités : si les travailleurs sans-papiers RISQUENT LEUR VIE pour venir en Europe c’est pour TRAVAILLER et GAGNER DE L’ARGENT. Quiconque les fréquente un peu sait qu’ils travaillent très dur, cumulent les emplois, font des sacrifices matériels énormes pour nourrir beaucoup plus que leur propre personne ou leur famille la plus proche. Cette dimension COLLECTIVE (et non individuelle comme dans les pays développés du Nord) est indispensable pour comprendre leur démarche.

« En outre, on ne peut passer sous silence la crise de la valeur travail qui peut être porteuse de perspectives alternatives, voire révolutionnaires, en remettant en cause la centralité du travail. »

Je me vois bien expliquer à une mère célibataire africaine, avec deux enfants en bas âge, qui est ballottée d’hôtel social en hôtel social, se « nourrit » aux Restaurants du cœur, et vit dans l’angoisse perpétuelle de savoir si ses enfants vont pouvoir manger demain et où ils vont dormir, qu’elle devrait plutôt réfléchir… à la disparition de la « centralité du travail ».

« Ainsi le travail pourrait trouver une autre place : une activité sociale parmi d’autres. (…) Donc le thème de la libération par le travail nous semble pour le moins obsolète et en tous cas n’a pas fait avancer la pensée révolutionnaire ; bien au contraire, la bourgeoisie sera toujours en position dominante sur ce registre, puisque c’est un de ses piliers idéologiques. »

Ces propos ultragénéraux n’ont aucun lien avec le thème de la réunion des ministres de l’Intérieur et de la Justice à Vichy. S’il voulait seulement noircir du papier, le CSDASP aurait tout aussi bien pu évoquer le trou dans la couche d’ozone ou les méfaits de l’énergie nucléaire.

Après nous avoir expliqué MENSONGEREMENT que Sarkozy aurait repris textuellement une phrase figurant sur le fronton du CAMP d’EXTERMINATION d’Auschwitz, argument répété deux fois comme un argument massue, le CSDASP reconnaît finalement qu’une phrase évoquant vaguement la libération par le travail (ET NON PRECISEMENT LA DEVISE d’Auschwitz) est une vieille idée, qu’elle est « obsolète » et qu’elle « n’a pas fait avancer la pensée révolutionnaire ».

Le CSDASP reconnaît ainsi avoir procédé à un amalgame ridicule (Auschwitz/Sarkozy pour ne pas parler de l’autre amalgame absurde Hitler/Dati) et de plus infondé, car l’idée vague de la libération par le travail a une pluralité de sens, comme il finit par le constater lui-même.

On remarquera incidemment le tour de passe-passe linguistique qui consiste à déclarer que, dans une autre société, le travail sera une « activité sociale » parmi d’autres…. C’est donc qu’il ne disparaîtra pas, il changera seulement de nom. Tous ces grands discours radicaux n’aboutissent qu’à un changement d’appellation contrôlée… La montagne accouche d’une souris.

Tout est dans tout et réciproquement,

nous dit le CSDASP

après le comique Pierre Dac

Enfoncer des portes ouvertes (il faut fermer et détruire les camps de rétention) ne permet pas d’avancer d’un poil dans la réflexion sur la signification et la portée du sommet de Vichy en novembre 2008, ni sur la nature exacte du gouvernement Sarkozy.

Ce qui a motivé mon billet d’humeur ce n’est pas la dénonciation justifiée des camps de rétention par le CSDASP, mais le rapprochement MENSONGER établi entre camps de rétention actuels, « chasse aux enfants » actuelle et Auschwitz CAMP d’EXTERMINATION pendant la Seconde Guerre mondiale et déportation/ extermination des Juifs, enfants ou adultes.

C’est aussi le refus délibéré du CSDASP de s’attacher au contenu précis de la politique actuelle des ministères EUROPEENS de l’Intérieur et de la Justice pour se réfugier commodément dans une polémique franco-française : qui sera, en novembre 2008, le plus antifasciste ou méritera la médaille du meilleur « résistant » ? À ce jeu, Sarkozy, dirigeant du principal parti se réclamant du gaullisme et de la Résistance sera toujours plus crédible dans la manipulation de la mémoire nationale et nationaliste…

De plus, tenter de faire peur aux gens et leur faire croire que l’arrivée du fascisme ou d’une dictature militaire serait facilitée par les mesures « sécuritaires » (encore un mot vague, au sens élastique) ou « autoritaires » (idem) du gouvernement actuel n’est pas crédible une seconde. Ou alors il aurait fallu une démonstration plus étayée.

Enfin, rien dans la société capitaliste, des hôpitaux aux écoles en passant par les chemins de fer, les aéroports, les gares ou les transports en commun n’est magiquement protégé contre une éventuelle reconversion en outils d’une dictature, voire en instruments d’extermination d’une partie de la population au cours d’une guerre civile.

Et si cette guerre civile devait arriver ce ne sont pas les discours creux et le fait d’agiter des symboles qui arrêteraient une telle évolution vers la barbarie. Mais des armes… pas du tout « symboliques ».

Y.C.

20/9/2008

d

1. À ce propos une anecdote amusante : lors d’une permanence RESF, un sans-papiers africain, très au courant de la situation politique française et des moindres détails et relations économiques de la vie du nouveau président de la République, nous a récemment expliqué que Sarkozy allait devenir roi ou empereur lors de son deuxième mandat, être ensuite remplacé par « son fils Jean », puis par le « fils de Cécilia », etc. Et qu’on aurait des rois de la lignée sarkozienne jusqu’à la fin du XXIe siècle. Il m’assura avoir vu tout cela en rêve. Un tel délire cauchemardesque n’est rendu possible que par la propagande apocalyptique, démagogique et inepte de la gauche contre Sarkozy, renforcée par l’ego surdimensionné du personnage et l’incessante propagande médiatique à son sujet, qu’elle soit positive ou négative, qui finit par faire de ce bouffon insignifiant un Ogre terrifiant. Il suffit de constater autour de soi combien de gens ont littéralement peur du gouvernement Sarkozy. Cette peur ne peut qu’être renforcée par des rapprochements inconsidérés avec le régime vichyste, Auschwitz, les lois nazies, la Milice, etc.

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COMMENTAIRES DE DEUX INTERNAUTES

« J’avoue ne pas trop comprendre la nécessité de se servir de ce symbole pour scandaliser les foules ("Oulalala, vous vous rendez compte, Vichy ! ! !"), mais il faut avouer que, du moment que la réhabilitation du pétainisme n’est pas au programme côté UMP, tenir une conférence européenne là-bas et sur ce thème, relève au moins de la maladresse, comment dire, en "matière de communication".

« En fait, le problème est de miser SURTOUT sur le fait que cette conférence se tient à Vichy pour essayer de rallier les protestataires, plus que sur une critique de la politique d’immigration (et globale) et ce qu’elle implique, et de faire que la principale chose inacceptable dans cette affaire soit la référence (volontaire, pense le CSDASP) à Pétain, et pas la réalité des arrestations quotidiennes, des camps de rétention et des expulsions.

« Je n’avais pas interprété les mots du CSDASP comme une façon (inconsciente ?) de raviver l’antifascisme et l’unité "à gauche" qui va avec, dans le dualisme (méchants contre gentils) que tu évoques, et qui est bien celui de l’antifascisme simpliste et primaire (et néfaste aussi, l’histoire l’a montré).

« La perspective de mettre le désordre à cette conférence (voire de l’empêcher, mais je pense que "nous" n’en avons pas les moyens) n’est en soi pas inintéressante, mais je crains que nous ne retombions dans l’éternelle dynamique "sommet/contre-sommet" telle qu’elle agit déjà avec l’OTAN, le G8 et tutti quanti, avec la dose de spectacle et de grosse répression qui va avec.

« Je pense aussi qu’il y a plus à faire dans les quartiers, pour essayer de s’interposer avec les habitants aux arrestations quand elles ont lieu, c’est encore le moment et l’endroit où la police n’est pas intouchable ni invulnérable, et peut-être le seul (avec les refus d’embarquer dans les avions) où l’expulsion peut être évitée. »

julien

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« L’analyse de la politique économique de l’UE- que je partage globalement- peut se compléter par une analyse des institutions mises en place depuis un peu plus de 20 ans seulement. Depuis un peu plus de 20 ans ces institutions préparent effectivement les 20 prochaines années :

- espace Schengen 1985,

- Convention de Dublin 1991,

- livre vert sur la gestion des migrations économiques en 2004,

- création depuis vingt ans de centres de détention administratives au sein de l’UE, au nombre de 220 aujourd’hui,

- système VIS de fichiers de visas,

- externalisation des frontières européennes vers d’autres pays tiers,

- accords communautaires de réadmission,

- agence Frontex chargée de la surveillance des frontières extérieures,

- système Eurodac sur les empreintes digitales des demandeurs d’asiles,

- directive européenne dite « de la honte » sur la possibilité de prolonger la rétention à 18 mois,

- vols de charters groupés,

- et phase finale de procédure d’asile ainsi que le début d’uniformisation du statut de réfugié.

Ces deux dernières mesures devant vraisemblablement être discutées à Vichy. Dans cette ville, il va être question d’une orientation de la politique (institutionnelle) de l’UE concentrée sur la lutte contre l’immigration abusivement appelée clandestine, à travers la mise en place de mesures sécuritaires et répressives. Même si les buts économiques sont ceux décrits par Y. C., il nous reste à convaincre également beaucoup de personnes sur la réalité de la politique de l’Europe forteresse. S’il s’agit bien de choisir une immigration précarisée, corvéable et malléable pour que les entreprises puissent faire du dumping social, il serait dommageable de séparer ce mouvement du capitalisme de la nécessité qu’il y a pour le système à justifier cette politique économique par l’individualisme, la xénophobie et le racisme latent ou agressif. Ce qu’il faudrait pouvoir opposer à Hortefeux ce sont les idées, propositions, revendications suivantes :

- la régularisation massive de tous les sans-papiers en Europe ;

- la dépénalisation de l’immigration (toute immigration a vocation à devenir légale)

- le permis de séjour pour la recherche d’emploi ;

- la fermeture des centres de rétention/détention ;

- la création de centres d’accueil de demandeurs d’asile avec missions d’insertion par l’action de travailleurs sociaux ;

- l’extension de la carte de résident européen de longue durée (cinq ans de résidence sans les conditions qui en excluent de son champ d’application la plupart des immigrés)

- une politique de regroupement familial plus fidèle à la CIDE ;

- la reconnaissance juridique du « droit de fuite » opposable à « l’appel d’air » ou à la « vague déferlante de l’immigration » ;

- mandat de recherche et de sauvegarde à donner à l’Agence Frontex ;

- propositions économiques faites par l’UE pour prendre en compte les besoins alimentaires, agricoles et industriels à l’OMC et au FMI et la Banque mondiale (pas de suppression imposée des droits de douane).

Edgar

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La contribution suivante nous a été envoyée par deux lecteurs. Même si nous ne sommes pas d’accord avec une partie de leur analyse de la politique antijuive de Vichy (1), les auteurs ont raison de dénoncer ce patrimoine politique (la défense de la nation) commun à la droite et à la gauche, et qui a des conséquences graves dans le système de défense mis souvent en avant, par tactique ou par conviction, dans les pétitions ou lettres individuelles envoyées aux autorités policières et administratives actuelles pour défendre tel ou tel sans-papiers. Les auteurs ont aussi raison de souligner que tant dans la critique de Sarkozy (« agent des Américains ») que dans la critique du TCE on a vu de très troublants arguments surgir à l’extrême gauche et chez les altermondialistes. Ni patrie ni frontières

(1)On se rapportera à l’étude de Richard Weissberg Vichy, la justice et les Juifs, 1998. L’auteur a étudié des archives privées de notaires, d’avocats, des archives judiciaires et les débats entre juristes de l’époque, matériaux pas ou peu exploités avant lui, et il s’est intéressé à la « créativité » débordante des juristes français en matière raciale. On comprend mieux la gêne des historiens français actuels quand on sait que l’ex-juriste pétainiste Maurice Duverger officia pendant des années comme éditorialiste au Monde et que ses manuels ont formé des générations d’étudiants en sciences politiques. Ou que Georges Mauco, auteur de rapports pour le Front populaire, pétainiste, puis gaulliste en 1945 officia comme « spécialiste » reconnu de l’immigration en défendant des théories fondées sur la « hiérarchie des races ». Il fut membre du Haut comité consultatif de la famille et de la population JUSQU’EN 1970 et fit parallèlement carrière comme psychanalyste et spécialiste de la pédagogie de l’enfant ! Ce partisan d’une immigration « voulue » n’aurait sans doute émis aucune critique contre l’immigration « choisie » de Sarkozy-Hortefeux. Pour plus de détails, on se reportera à l’article de Patrick Weil « Georges Mauco, expert en immigration, ethnoracisme pratique et antisémitisme fielleux » dans L’antisémitisme de plume 1940-1944 (sous la dir.de P.A. Taguieff) et au livre de Georges Noiriel, Immigration, antisémitisme et racisme en France, Fayard, 2007

Vichy, Sarkozy, et nous et nous…

Faut-il comparer le régime actuel et Vichy ?

Voilà la question telle qu’elle est posée actuellement dans de nombreux textes, dont presque tous sont liés à la politique d’immigration et plus précisément à celle de l’internement des étrangers et à leur expulsion.

De fait, quand on constate les déchaînements de passion que cette comparaison entraîne, et la manière dont elle fait dériver le débat loin des questions concrètes (comment organiser la lutte, notamment), la réponse négative semble de simple bon sens pour qui a autre chose à faire que polémiquer.

De plus, si l’objectif est d’ouvrir les yeux des millions de ceux qui assistent passivement au déroulement des évènements, ou de susciter un électrochoc chez les exécutants du régime, on doit aussi constater l’échec total de cette stratégie.

Enfin, et c’est certainement l’argument le plus important, il est évident que les comparaisons hâtives avec cette période, lorsqu’elles concernent spécifiquement la question des camps et du sort réservé aux internés, suscitent immanquablement des raccourcis au mieux maladroits qui ont un effet bien réel : jeter la confusion, et gommer la spécificité de ce que fut la politique anti-juive, et la destruction planifiée des Juifs d’Europe que Vichy n’a pas initiée, mais à laquelle Vichy a contribué concrètement, dans une mesure que beaucoup d’historiens et de chercheurs considèrent comme beaucoup plus importante que dans nombre d’autres pays.

Nous sommes de ceux qui pensent que la confusion sur ce sujet est un danger parmi les plus graves qui menacent le mouvement dans son ensemble, que la question ne relève pas seulement du respect des victimes d’hier, mais aussi de la construction des luttes d’aujourd’hui.

Et pourtant, nous pensons aussi que la comparaison entre le régime de Vichy et le régime actuel, ses idéologues mais pas seulement, peut être utile à la réflexion et à la compréhension des enjeux.

Encore faut-il éviter certains écueils, qu’Yves Coleman dans un de ses textes qualifie à juste titre de « paresse intellectuelle ».

L’objet du débat, c’est la nature et la réalité du régime de Vichy.

Il nous semble qu’il y a un point commun, au moins, entre le discours officiel sur Vichy et celui qui est tenu par ceux qui se vivent comme ses opposants : c’est la mise en avant de ce qui lie Vichy aux nazis, et l’oubli, volontaire dans un cas et pas dans l’autre, de tout ce qui fait sa spécificité et son autonomie.

Ce travers apparaît dans un fait : la plupart des comparaisons effectuées portent sur l’organisation concrète de l’internement des Juifs, c’est-à-dire les conditions de la traque, de l’enfermement puis de la déportation.

Comme si Vichy avait été, avant tout, l’outil d’une politique décidée ailleurs, dont il aurait assuré la mise en œuvre pratique, avec la complicité d’une partie de la population.

C’est tout simplement faux : d’abord parce que le régime de Vichy a duré cinq ans et qu’il n’est pas resté le même pendant ces cinq années, et la politique nazie et ses exigences non plus.

Afin d’en faire un « accident de l’Histoire », pendant des dizaines d’années jusqu’à aujourd’hui, les autorités françaises et au-delà, une bonne partie des discours exprimés en France sur Vichy ont presque toujours gommé ce que fut réellement Vichy dans sa première période et éludent une réalité historique bien gênante : jusqu’en janvier 1942(1), date à laquelle est prise la décision d’exterminer dans les chambres à gaz tous les Juifs des territoires occupés par les nazis, pour Hitler et la majorité des nazis qui appliquent sa politique en France, la France ne fera pas partie du Grand Reich après la guerre, c’est-à-dire de la zone des dominants, qui doit être « nettoyée » des Juifs et des éléments « impurs », des peuples qui gouverneront le monde aux côtés des Allemands.

Cette vision des choses trouve immédiatement une application concrète : dès la fin des hostilités, l’expulsion des Juifs allemands reprend vers la France(2). La décision de l’extermination physique totale ne sera prise qu’un an et demi plus tard, et, en attendant, si les nazis considèrent que les Juifs doivent être internés et persécutés partout où ils sont vainqueurs, ils se préoccupent aussi et avant tout de « nettoyer » le territoire du Reich proprement dit, par tous les moyens, le meurtre massif mais aussi l’expulsion.

Et l’un des premiers combats menés par le gouvernement de Vichy sera de protester contre ces mesures, de dénoncer l’augmentation du nombre de Juifs sur son territoire qui en découle, de tenter d’être reconnus par les nazis comme des partenaires avec qui une politique commune vis-à-vis de la question juive pourrait être menée.

Cet aspect soigneusement gommé de la mémoire collective n’est absolument pas anecdotique : il met en lumière une réalité majeure. Le régime de Vichy n’a absolument pas été un régime fantoche, un gouvernement d’occupation, mais une entité autonome qui a cherché, dans ce domaine et dans d’autres, à préserver son autonomie, et à être non pas un exécutant mais un partenaire critique.

Et il ne s’agit pas seulement d’une question d’hommes et de décisions individuelles, bien au contraire.

Si les hommes et les femmes de Vichy ont eu cette distance vis-à-vis des nazis et de certaines de leurs décisions, c’est bien parce qu’ils incarnaient une réalité collective et sociale française, un ensemble de forces qui ne sont pas nées, un soir de 1940, pour mourir et disparaître un jour de liesse dans les rues des villes libérées de leurs soldats allemands, tout comme les forces qui ont amené à la création d’un ministère de l’Immigration ET de l’Identité nationale ne disparaîtront pas, dans les cercles du pouvoir économique et politique et au-delà, le jour où l’on fêtera le retour de la gauche et le départ de Nicolas Sarkozy à la Bastille.

Et l’intérêt de comparer la France d’aujourd’hui et la France de Vichy est là : tant qu’on n’analysera Vichy que comme un gouvernement et ses dirigeants, tant que nous serons incapables d’étendre l’analyse à l’ensemble d’une réalité, qui comprend aussi la nature des oppositions qui s’y sont développées, les comparaisons seront au mieux inutiles, au pire elles iront dans le sens de l’adversaire, à savoir, Vichy comme un ovni et une inexplicable rupture. Notons d’ailleurs que le caractère presque « magique » de l’analyse de la « rupture » réelle liée à l’élection de Nicolas Sarkozy, que d’aucuns attribuent à une « influence extérieure », en faisant de Sarkozy un agent des « Américains », ou que d’autres attribuent parfois à un « trucage » des votes ou à l’action unique des « médias complices » relève du même schéma.

Il faut d’abord ne pas résumer Vichy à sa politique vis-à-vis des Juifs et des étrangers, mais s’intéresser à l’ensemble de son œuvre, idéologique et pratique.

Mais même en ce qui concerne l’analyse de la persécution spécifique dirigée contre les Juifs, il y a effectivement une dangereuse paresse intellectuelle à ne voir que la dimension des camps d’internement. Là-dessus, la comparaison est non seulement dangereuse mais aussi totalement inutile, dans la mesure où les points communs ne disent rien d’essentiel.

En effet, à partir du moment où un corps social décide qu’une partie des individus qui le composent doivent en être expulsés, à partir du moment où une discrimination est faite entre les uns et les autres à partir de critères, tels que le droit du sang ou du sol, l’appartenance supposée à une race ou une culture, on en vient immanquablement à arrêter les concernés, à les interner collectivement et à les expulser, qu’on ait ou non l’intention de les exterminer.

Ce que partagent Vichy et le gouvernement Sarkozy sur ce sujet, ils le partagent avec tous les gouvernements de la Terre, passés ou présents. On ne voit donc pas l’intérêt d’une telle comparaison, à laquelle n’importe quel gouvernement opposera avec raison l’argument que les autres le font, tous les autres. A moins de penser que tout se vaut, et d’en finir par traiter tout et n’importe qui de « fascistes » et de « nazis », on se retrouve coincés.

Pourtant, il y a un élément qui n’est pas commun à tous les régimes qui pratiquent la division entre « natifs » et « étrangers », entre « expulsables » et « régularisables » : c’est la définition de l’« étranger ».

Ce sont les critères qui fondent l’appartenance à la communauté qui a le droit de décréter que certains « autres » n’en font pas partie et peuvent donc être soumis légitimement à la discrimination.

Bien souvent, on s’intéresse au sort des Juifs, à la manière dont ils furent traqués en France, mais finalement très peu à la manière dont Vichy a déterminé qui était Juif, ce qu’était être Juif, et aussi ce qu’impliquait concrètement le fait d’être catégorisé comme Juif.

Pour les nazis, d’une part, ou on est Juif, ou on ne l’est pas. Ou plus exactement on NAIT Juif, et c’est en soi une condamnation à mort. Les nazis s’en sont toujours tenus à une définition essentiellement raciale fondée sur des critères physiques et généalogiques.

La réalité concrète de l’individu qualifié de Juif à partir de ces critères, le fait qu’il soit né ou pas dans tel ou tel pays, ses convictions culturelles ou religieuses, son degré d’ « assimilation », d’ « intégration » leur étaient parfaitement indifférents, pas seulement pour définir le Juif, mais aussi dans la persécution à mettre ou non en œuvre, ou dans ses modalités diverses.

L’officier SS Dannecker qualifiera « d’arrogance inouïe », Xavier Vallat, premier commissaire aux Questions juives, lorsque celui-ci lui affirmera lors d’une rencontre qu’il est un « bien plus vieil antisémite que lui », pour s’opposer à cette conception et lui présenter la sienne.

Il faut aller au-delà des mots, et voir ce qu’ils recouvrent réellement pour ceux qui les emploient : dans les textes de lois vichystes, le terme de « race juive « est certes utilisé, mais en réalité, il ne recouvre absolument pas la définition nazie, et Vichy y inclut des critères qui sont d’ordre culturel, religieux. L’une des activités du commissariat aux Question Juives dans sa première période sera d’examiner la « judéité « au regard des services rendus à la France, de la conversion au catholicisme par exemple. Dès lors qu’on édicte ce genre de critères, les « exceptions « à la loi raciale, alors on est dans une définition de l’étranger à la communauté qui est différente, même si ces définitions, ces exceptions ne sont que théoriques et n’influent qu’exceptionnellement sur la persécution réelle.

Et évidemment, la définition du Juif est aussi celle de celui qui ne l’est pas, c’est-à-dire celle de la communauté dont il s’agit d’exclure le corps étranger. Pour les nazis, il s’agit d’une communauté d’essence raciale, une communauté éternellement définie par des critères qui ne varient pas à travers les siècles. Pour la majorité des dirigeants vichystes, la communauté est un objet de devenir historique, qui peut perpétuellement intégrer mais aussi exclure, elle est d’abord nationale.

Après la guerre, les dirigeants vichystes traduits en justice tentèrent de se servir de cette distinction qu’ils avaient faite, notamment par rapport aux Juifs anciens combattants comme d’une tentative réaliste de sauver les Juifs qui pouvaient l’être. C’est évidemment totalement faux : dans la réalité, les deux conceptions ne se sont pas affrontées, elles ont cohabité, et elles ont trouvé un terrain d’entente concret, l’extermination des Juifs, de tous les Juifs. Les contradictions inhérentes aux deux conceptions n’ont jamais été un casus belli majeur, sur lequel il y aurait eu une mobilisation véritable. De plus, lorsque les dirigeants vichystes mirent en avant cette ligne de défense, elle avait un objectif : se présenter comme des nationalistes au même titre que ceux de la Résistance proprement dite. Or, l’existence de la Résistance, gaulliste notamment, montre bien que le « tronc commun » partagé par Pétain et par De Gaulle, tous deux militaires, tous deux persuadés de l’existence d’un objet théorique la « Nation Française » et sa défense, pouvait mener historiquement à deux choix irréconciliables, la collaboration avec le régime nazi, et la lutte armée contre celui-ci.

Mais il reste que deux manières de qualifier et d’exclure ont bel et bien coexisté, et l’idéologie qui sous-tendait celle de Vichy a de fait bien des points communs avec celle qui est mise en œuvre par le gouvernement Sarkozy mais pas seulement. Et que cette idéologie n’était pas propre aux hommes de Vichy, que certains de ces aspects étaient aussi partagés au sein même de ceux qui combattaient le régime, et qui se sont ensuite retrouvés au pouvoir et l’ont mise en œuvre concrètement, vis-à-vis d’autres populations, notamment dans la gestion des conflits liés à la décolonisation. Si l’on fait l’impasse sur cette conception commune, l’idée de Nation, excluante et discriminante, alors on ne peut comprendre que des Résistants, à qui l’on ne peut dénier leurs combats, se soient retrouvés vingt ans plus tard dans les rangs de l’OAS ou tout simplement ministres dans les gouvernements, liés à la droite ou à la gauche, qui tentèrent de préserver l’Empire colonial.

Cette conception commune, si elle saute aux yeux aujourd’hui, n’a pas été absente des politiques d’immigration et d’intégration de ces soixante dernières années, bien au contraire, elle a continué à sous-tendre beaucoup de discours et de lois.

Les conceptions vichystes ont intégré un ensemble de présupposés déjà présents dans les régimes précédents, profondément ancrés dans l’imaginaire français et qui n’en sont pas sortis depuis.

En France, l’étranger n’est pas tant celui qui vient d’ailleurs, que celui qui refuse ou qui ne peut devenir un homme d’ici. Là où certains régimes, parmi lesquels les nazis définissent la communauté comme un corps immuable par-delà les siècles, où l’étranger l’est parce que ses ancêtres l’étaient, d’autres se fondent au contraire sur une exclusion sans cesse renouvelable

Pour les nazis, il n’y a jamais eu les Juifs allemands et les autres. On ne pouvait pas être Juif et allemand, et l’adhésion à la culture allemande, par exemple, était considérée comme le signe de la duplicité d’une race, et les Juifs assimilés comme les plus dangereux parce que les plus rusés, ceux qui contaminent le corps pur en toute discrétion.

Bien au contraire, pour Vichy, il y a des « bons » Juifs, au moins en théorie. Xavier Vallat passera ainsi personnellement une partie de son temps à l’examen des dossiers de « dénaturalisation » : il s’agissait d’enlever la nationalité française donnée à la fin des années 1920 à des dizaines de milliers d’émigrants, dont une grande partie de Juifs et de sélectionner ainsi ceux qui seraient soumis immédiatement à l’internement et surtout au statut des Juifs. Ces « bons » Juifs peuvent bien être nés ailleurs, et certains « mauvais » peuvent bien être arrivés avant les bons, ou même nés en France. Ce que le commissariat aux Questions Juives va examiner, c’est la religion, c’est le fait d’avoir participé ou non à l’armée française, c’est le fait d’avoir rendu des services économiques ou culturels au pays, bref le fait d’avoir adhéré à la communauté nationale et à ses valeurs. Dans la réalité, cet examen se concluait presque toujours par l’exclusion et la justification de la persécution, mais il a bel et bien existé, et on retrouve d’ailleurs des traces de l’irritation qu’il a suscitée chez les nazis, malgré son absence d’incidence pratique dans les lettres de Danecker et d’autres à leur commandement.

Comment ne pas voir que cet examen minutieux ressemble trait pour trait à celui qui est fait aujourd’hui quotidiennement dans nos préfectures, à travers les différents critères de régularisation mis en place récemment, par le travail, pour « services culturels ou économiques spécifiques » ? Comment ne pas voir que ce qui est exigé au travers du « certificat d’intégration », délivré à l’issue d’un enseignement obligatoire et de pseudo-examens présente des similitudes dans la manière de penser l’ « étranger » ? Même si ces nouveaux critères, ces nouvelles exigences n’ont pour l’instant que peu de poids dans la politique d’immigration réelle, ils introduisent une nouvelle manière de faire et de penser l’exclusion et la régularisation possible.

Lorsque l’autorisation de rester sur le territoire national est conditionnée au fait de s’être tapé des heures de propagande sur la nation française, la République et ses valeurs, de savoir chanter la Marseillaise et de connaître l’origine des trois couleurs du drapeau, il faut bien constater que le gouvernement n’est pas d’abord raciste mais nationaliste.

Et de la même manière que les critères vichystes n’étaient pas forcément plus favorables aux Juifs que les critères raciaux définis par les nazis, de même les critères d’exclusion dans tous les domaines définis par le gouvernement français ne sont pas forcément moins larges que ceux qui existent dans d’autres pays qui n’adhèrent pas au concept de « nation »

Ainsi, sous Vichy, le non-Juif, le Français qui se marie avec un Juif devient juif. Les nazis ne sont jamais allés aussi loin, et les sanctions prises contre les Aryens mariés avec des Juifs, l’interdiction des mariages mixtes et sa pénalisation avaient pour objectif de préserver la pureté future de la race, que l’Aryen porte en lui. L’Aryen ne peut pas devenir Juif, pas plus que le Juif ne peut devenir Aryen. Pour Vichy, parce que le critère est aussi culturel et national, alors la conversion et le mariage changent la qualité, l’essence de celui qui était jusque-là membre à part entière de la communauté nationale.

Il y a des pays européens, où l’accès aux écoles notamment, est interdit aux étrangers en situation irrégulière, ce qui n’est pas le cas en France. Des pays aussi où la loi organise un séparatisme fondé sur l’appartenance supposée à une ethnie dans l’accès à l’école.

Mais l’Ecole française « pour tous » est aussi celle qui est fermée légalement depuis la loi votée au moment de ce que l’on a voulu appeler « l’affaire du voile islamique » à un certain nombre d’individus qui portent un signe distinctif considéré comme celui du refus d’adhésion aux principes « nationaux », même s’ils sont légalement « Français ».

Parce qu’être Français, pleinement Français, ce n’est jamais acquis, ça se mérite. Et c’est là où il n’y a aucune paresse intellectuelle, aucun raccourci dangereux à comparer Vichy et le régime actuel.

A une seule condition : ne pas faire de Vichy le monstre absolu et inédit, l’ignoble exception de la noble histoire d’un pays d’accueil et de générosité, mais au contraire, considérer ces quatre années comme se situant dans une continuité idéologique et pratique, et s’inspirant de concepts et de politiques absolument pas extérieurs, absolument pas propres aux « agents nazis », et disparus avec eux.

Et c’est malheureusement là où le bât blesse dans les comparaisons faites la plupart du temps par le mouvement de défense des sans-papiers : c’est qu’elles ne portent jamais sur deux points précis : le premier est sur tout ce qui existait avant Vichy et qui ne sera absolument pas imposé de l’extérieur par les nazis. Le concept de « nation » et sa mise en œuvre concrète, l’exclusion de la communauté « nationale » d’un certain nombre d’individus.

Et, au-delà, si tout le monde compare Sarkozy et Pétain, personne n’ose s’attaquer de front à une comparaison douloureuse, polémique mais essentielle pour organiser nos luttes. Celle des formes que prit l’opposition idéologique à Vichy, pas celle de la Résistance à Vichy, fantasmée et mythifiée, mais celle qui inclut aussi certains des partisans du régime en général, mais qui le trouvaient par certains côtés trop extrémiste.

Parmi les premières critiques ouvertes contre la politique antijuive, beaucoup ne portaient absolument pas sur la nécessité même de l’existence de cette politique. Des hommes d’Eglise, des employeurs, par ailleurs tout à fait favorables à Vichy dans son ensemble, des policiers protestèrent dès les premières mesures antijuives, notamment l’interdiction de certaines professions, la mise sous tutelle des entreprises juives.

Et d’autres s’élevèrent contre les rafles et l’internement dès que celui-ci prit des dimensions importantes : mais s’il ne s’agit pas de leur dénier le courage de l’avoir fait sous un régime totalement autoritaire, il faut aussi constater que la majorité des critiques, qu’elles aient pris la forme de lettres adressées au Maréchal et à Vallat, ou celle, plus rare de déclarations publiques, ne remettaient aucunement en cause l’existence d’un « problème juif » et d’une solution répressive, au moins en partie, à apporter à ce problème. Ce qui était critiqué relevait parfois de l’application de telle ou telle mesure à tel Juif particulier, un voisin, un ami dont il paraissait scandaleux et injuste qu’il puisse être traité comme les autres, les « vrais coupables ». D’autres s’élevaient contre « l’art et la manière », les arrestations massives ou les exactions individuelles trop voyantes, et pointaient déjà la nécessité de faire les choses avec « humanité et cœur », et pas avec la brutalité attribuée à l’occupant uniquement.

Ce sentiment, selon les rapports de la police de Vichy, fut très partagé notamment au moment des rafles de 1942 : beaucoup de rapports de gendarmerie de ces mois précis évoquent d’ailleurs avec irritation une population qui a approuvé le statut des Juifs, qui se plaint de leur prétendue influence néfaste, et proteste quand on prend les mesures visant à la combattre, notamment quand ce sont des familles et des enfants qui sont touchés.

Il y a dans ces réactions quelque chose d’évidemment troublant, dans leur similitude avec celles qui ont lieu aujourd’hui en France face à la traque des sans-papiers, ou plutôt à ses aspects les plus voyants, ceux qui touchent des populations en contact direct avec les Français, à l’école par exemple, dans cette défense de « proximité », que la presse a souvent caricaturée en présentant, par exemple, le cas de ces députés UMP ou de ces électeurs du Front national qui ont défendu tel ou tel sans-papiers particulier.

Parce qu’elles font immédiatement apparaître une France qui n’est pas cet objet exotique peuplé de collabos et de résistants qui s’affrontent dans l’indifférence générale, mais un pays qui est bien le nôtre, où une partie de la population soutient le principe de l’exclusion, de la discrimination et de la traque d’une autre partie de cette population, mais n’est pas pour autant unanime sur la manière de définir l’étranger, ni sur les moyens de l’exclure.

Une France où le leitmotiv de l’ « étranger méritant », celui qui a défendu la nation, qui s’est battu pour la France, ou qui s’est bien intégré continue à exister dans la tête de nombreux Français, mais aussi dans celle de la direction et de l’administration vichyste.

Mais néanmoins une France, qui hormis dans des secteurs très restreints de la Résistance, ne remettra jamais en cause le concept même d’ « intégration à la Nation », intégration économique, culturelle ou religieuse comme critère de la discrimination et de l’exclusion.

Et de fait cette non-remise en cause, socialement partagée de manière massive, contribuera concrètement à l’internement et la déportation, et finalement à la réalisation des desseins exterminateurs des nazis dans une mesure importante.

D’une part, parce que les nazis en France n’auront pas besoin de mettre en place leurs propres relais administratifs et étatiques pour organiser la traque des Juifs (ce qui les aurait ralentis) et trouveront opportunément une machine à ficher et arrêter déjà bien rodée, avec des personnels déjà habitués à mettre en œuvre une politique d’exclusion. D’autre part parce que Vichy, dès l’automne 1940, de manière autonome et avant toute demande des Allemands, pourra se permettre d’édicter un statut des Juifs, de procéder à leur recensement, de toute façon déjà en grande partie réalisé pour tous ceux qui n’étaient pas de nationalité française grâce aux lois anti-étrangers édictées dès le milieu des années 1930.

S’il y a bien une utilité et une nécessité à comparer Vichy et le gouvernement actuel, si des parallèles peuvent et doivent être faits, ce n’est certainement pas pour nazifier Brice Hortefeux, mais paradoxalement pour dénazifier Vichy. Non pas justement pour réhabiliter le régime, car l’identifier aux nazis, en faire leur pantin, c’est une manière d’absoudre ce que fut la France de ces années-là, d’éviter la douloureuse remise en question de ce qui est notre histoire à tous.

L’immense majorité des Français de ces années-là n’étaient pas des fascistes, n’étaient pas des nazis, et il faut bien constater que les dirigeants vichystes, pour la plupart avaient un parcours politique qui ne correspondait pas à ces écoles de pensée et d’action. Mais la France de Vichy était bien une France où l’idée de nation, portée avant-guerre par la droite comme par la gauche, était un concept théorique et pratique fondateur et très partagé : même dans la Résistance, il sera très rarement remis en cause, bien au contraire, c’est au nom de la défense de la Nation que beaucoup se lèveront et cela explique aussi que le sort spécifique réservé aux Juifs ne sera à aucun moment un thème de combat généralisé ou fédérateur.

On ne peut répondre à la question de savoir ce qu’aurait été Vichy sans les nazis. Le fait est que c’est l’occupation nazie qui a permis aux forces qu’incarnait Vichy de s’emparer du pouvoir sans avoir à faire face à une opposition légale.

Mais ces forces ne sont pas isolées dans la France des années 1930, où l’idée de Nation à protéger de l’ennemi intérieur et de l’invasion étrangère est une idée partagée et propagée dans des cercles qui dépassent de loin les milieux d’anciens combattants ou les groupes néofascistes.

Un pays où, hormis dans certains cercles très minoritaires, la gauche et l’extrême gauche ne remettent plus en cause le principe même des politiques menées au nom de cette idée de Nation, où le repli nationaliste prend des formes variées, et se retrouve aussi dans beaucoup de discours antiguerre : la propagande selon laquelle on n’ira pas mourir pour les Juifs persécutés par Hitler notamment prend très bien.

Bref, un pays où l’ensemble du discours politique, à de très rares exceptions près, exalte l’idée de la Nation protectrice contre le capitalisme ou le bolchevisme « international ».

Et si nous devons faire des comparaisons, des parallèles avec la France de Vichy, sûrement est-il plus utile de rappeler qu’en ces années-là, les nationalistes n’étaient pas qu’à Vichy.

Et au lieu de faire de Vichy le monstre étranger à nous-mêmes, au lieu de nous voir comme les nouveaux Résistants, peut-être est-il temps aussi de traquer dans nos propres discours ce qui se rapporte à l’idéologie nationale, de droite ou de gauche, qui fonde la politique d’immigration française depuis des années, au nom des « bons » et des « mauvais étrangers ».

Ce n’est pas Brice Hortefeux qui a parlé du « plombier polonais », ce n’est pas Brice Hortefeux, mais toute une partie de la gauche et de l’extrême gauche française, qui a défendu en 2005 la nation française et ses acquis contre le « capital international » incarné par la Constitution européenne.

Lorsque Brice Hortefeux régularise sur la base du travail, donc de l’ « apport économique à la nation française », de l’ « étranger utile » opposé au délinquant et au profiteur, sommes-nous vraiment efficaces lorsque nous nous engouffrons dans cette prétendue brèche pour exiger la régularisation de tous les « travailleurs », pour mettre en avant ceux qui sont « intégrés », ceux qui « payent des impôts » ? Que disons-nous vraiment lorsque nous mettons sans cesse en avant ces « étrangers qui ont donné leur vie » dans l’armée française pour déplorer que leurs descendants soient traités comme des chiens ? N’avalisons-nous pas, sous prétexte de « réalisme », de « convaincre l’opinion publique », la thèse selon laquelle il y aurait tout de même un tri à faire, des « bons » et des « mauvais », sur la base des services rendus à cette construction théorique, la Nation, que nous ne remettons finalement pas en cause ?

Ces questions, nous pensons qu’il est impératif de nous les poser, y compris à travers l’analyse et le débat sur ce que fut la France de Vichy. Nous sommes conscients des limites que présente toute analyse qui cherche à mettre en lumière des éléments communs au sein d’entités politiques et de régimes, toujours complexes. Vichy ne fut pas qu’un régime nationaliste, et l’antisémitisme n’est jamais seulement un racisme parmi d’autres : il présente des caractéristiques irréductibles à toute comparaison. En ce sens, les législations antisémites de Vichy ne peuvent être confondues avec la législation anti-étrangers en général mise en œuvre pendant cette période, même si on l’étudie indépendamment des facteurs imposés par les nazis. De même tous les nationalismes français, qu’ils aient ou non accédé au pouvoir, ne présentèrent pas une composante antisémite, mais de fait tous, même celui de 1789, eurent leur politique contre ceux qui étaient considérés comme étrangers à la Nation.

De fait refuser toute comparaison entre la France de Vichy et celle d’aujourd’hui, au nom de sa terrible spécificité, c’est faire le jeu de tous ceux, à commencer par Nicolas Sarkozy et Brice Hortefeux, qui voudraient exclure ces quatre années de l’histoire de France au nom d’une France éternelle, une France que les nazis auraient réduite à néant militairement pour créer de toutes pièces un Etat fantôme, sans aucune base sociale, économique et politique.

Alors qu’aujourd’hui, Brice Hortefeux choisisse Vichy pour un sommet européen sur l’Immigration devrait au final moins nous choquer que cette petite phrase de Nicolas Sarkozy qui déclarait en mai dernier que « la Vraie France n’était pas à Vichy », et qu’il la situe à Londres pour ces quatre années.

Répondre à Hortefeux et à Sarkozy aujourd’hui, ce n’est pas dire que la « France d’après », c’est Vichy. Mais rappeler encore et toujours, que Vichy, c’était bien la France.

Des lecteurs

Ni nations ni frontières !

1. En janvier 1942, à Wannsee, la décision est prise par Hitler et ses proches de mettre en œuvre la Solution Finale, c’est-à-dire l’extermination totale des Juifs des territoires occupés par le Reich dans les camps de la mort. Cet objectif est déclaré prioritaire, ce qui signifiera notamment dégager, malgré les nécessités de la guerre, les moyens nécessaires à la déportation totale. A partir de cette date, en France, les nazis, qui ont des objectifs chiffrés, liés notamment au nombre de trains rendus disponibles, jouent un rôle beaucoup plus important dans la mise en œuvre concrète des arrestations, de la traque et de l’organisation de la déportation.

2. Dès l’arrivée au pouvoir d’Hitler, l’expulsion des Juifs d’Allemagne est une des « solutions » adoptées par le régime, à côté des persécutions. A la fin des années 1930, la pratique des expulsions sauvages déclenche déjà de nombreuses protestations du gouvernement français, qui mène par ailleurs une politique anti-réfugiés : en fait les Juifs sont dépouillés de tous leurs biens puis amenés par les autorités du côté français de la frontière.