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Que s’est-il passé et que se passe-t-il à Sidi Ifni (Maroc) ?

publié par Yves, le vendredi 5 septembre 2008

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Ce texte a été rédigé à partir d’infor­ma­tions trans­mi­ses par des copains maro­cains. Faites-le cir­cu­ler….

Petit retour en arrière pour com­pren­dre les événéments actuels

1969. Fin du pro­tec­to­rat espa­gnol.

Mai 2005. Première mani­fes­ta­tion (sans heurts) devant le Pachawia (maison du pacha, équi­valent du sous-préfet).

Revendications :

1. Faire de Sidi Ifni (ville de 20 000 habi­tants) une préf­ec­ture,

2. Rattacher Sidi Ifni à la région admi­nis­tra­tive de Guelmin (pro­vince du Sahara occi­den­tal) et non plus à celle de Tiznit (au vu des rela­tions his­to­ri­ques et tri­ba­les). [Remarque : parallè­lement à l’orga­ni­sa­tion éta­tique, le tri­ba­lisme est tou­jours très prégnant au Maroc, notam­ment chez les popu­la­tions ama­zigh.],

3. Finir la cons­truc­tion du port de Sidi Ifni (troi­sième tran­che des tra­vaux),

4. Améliorer la liai­son entre Ifni et Tantan (160 km de route),

5. Mettre en place des pro­jets de dével­op­pement pour créer de l’emploi chez les jeunes d’Ifni. Proposition de cons­truire deux unités indus­triel­les de conser­ve­rie à proxi­mité du port.

Juin 2005. Face à l’absence de rép­onses aux reven­di­ca­tions : deuxième mani­fes­ta­tion qui se solde par une inter­ven­tion vio­lente d’envi­ron 600 mem­bres des forces de l’ordre. Bilan chez les flics : 60 blessés et 1 mort (suite à un acci­dent, la vic­time a été heurtée par une esta­fette des forces de l’ordre qui contour­nait un obs­ta­cle). Nous igno­rons le nombre de blessés chez la popu­la­tion. Suite à cette mani­fes­ta­tion, un comité ministériel com­pre­nant le wali (équi­valent du préfet de région) est venu à Sidi Ifni pour faire accé­lérer les rép­onses à quel­ques reven­di­ca­tions des mani­fes­tants.

Il en a résulté : la venue de médecins spéc­ial­istes à l’hôpital d’Ifni, qui ne sont restés qu’une semaine ; et la cons­truc­tion de la pre­mière tran­che (39 km) de la route entre Sidi Ifni et TanTan au sud.

(Ce pre­mier tronçon des­sert le lieu dit des « plages blan­ches » où se cons­truit un gros com­plexe tou­ris­ti­que.)

Après cette mani­fes­ta­tion, les représ­entants de partis poli­ti­ques (Alistiqlal, Union sociale des forces popu­lai­res, Parti de la Gauche sociale réunie, Parti isla­miste pour la jus­tice et le dével­op­pement) qui étaient mem­bres du Secrétariat local de la ville (asso­cia­tion qui a pour but de déf­endre les reven­di­ca­tions de la popu­la­tion) se reti­rent de ce secré­tariat.

30 juin 2006. Attaque du convoi du préfet de Tiznit (après que celui-ci eut insulté la popu­la­tion locale lors d’une réunion avec des représ­entants de la ville) lors de sa venue à Sidi Ifni pour par­ti­ci­per aux céré­monies de la fête de l’indép­end­ance. Le préfet s’en tire avec une cla­vi­cule cassée.

Décembre 2007. Visite royale à Guelmin

Des per­son­nes de la tribu des Aït Bamran (tribu à laquelle appar­tien­nent les habi­tants de Sidi Ifni), envoient des représ­entants ren­contrer le roi, parmi eux un doc­to­rant de litté­ra­ture arabe, acti­viste des droits de l’homme et membre du Secrétariat local, viole le pro­to­cole royal en s’adres­sant direc­te­ment au roi, sans que cela ait été pro­grammé. Il lui expose les reven­di­ca­tions des habi­tants de Sidi Ifni. Mohammed VI déc­lare qu’il n’est pas au cou­rant. Le dos­sier de reven­di­ca­tions semble avoir été bloqué à Rabat et n’est pas par­venu jusqu’au roi. Celui-ci promet d’aider la popu­la­tion.

Les mani­fes­ta­tions et la répr­ession depuis mai 2008

30 mai 2008. 12 jeunes chômeurs habi­tant Ifni blo­quent la sortie du port de la ville, pour réc­lamer un emploi, tout en repre­nant les reven­di­ca­tions du Secrétariat local. Ils bar­rent la route avec des rem­blais et ins­tal­lent des tentes à côté. Entre 80 et 90 camions rem­plis de pois­sons sont dés­ormais blo­qués à l’intérieur. 1200 per­son­nes défilent dans les rues de Sidi Ifni en sou­tien des 12 chômeurs. Les flics de Sidi Ifni n’inter­vien­nent pas, de peur des représailles de la popu­la­tion (ce qui est en effet déjà arrivé par le passé). Le préfet se rend sur place pour par­le­men­ter avec les chômeurs. La dis­cus­sion s’avère impos­si­ble. On passe d’un échelon supérieur et c’est donc le wali d’Agadir (celui qui s’était fait casser la cla­vi­cule en 2006) qui tente de par­le­men­ter sans succès.

3 juin 2008. Est alors orga­nisée une réunion de deux heures à la Pachawia d’Ifni avec des représ­entants de la popu­la­tion locale et des res­pon­sa­bles des RG, de la DST, du ministère de l’intérieur, le pré­sident de la région et le wali d’Agadir. Lors de cette réunion, la popu­la­tion reçoit des mena­ces d’inter­ven­tions par la force, si elle ne stoppe pas les mani­fes­ta­tions et si le port n’est pas déb­loqué. Une mani­fes­ta­tion est orga­nisée pen­dant le temps de la réunion à la fois pour réc­lamer les reven­di­ca­tions du Secrétariat local ainsi que pour sou­te­nir les 12 chômeurs. Blocage et mani­fes­ta­tions per­du­rent jusqu’au ven­dredi 6 juin (com­pris).

5 juin 2008. Entre 4000 et 6000 forces auxi­liai­res, forces d’inter­ven­tion rapide, et gen­dar­mes s’ins­tal­lent à Tiznit (à 75 km d’Ifni) en pré­vision de l’assaut de la ville d’Ifni. En soirée, après 22 heures, le convoi se met en route. La popu­la­tion d’Ifni est pré­venue par des per­son­nes ori­gi­nai­res d’Ifni qui tra­vaillent à Tiznit. La popu­la­tion sort alors dans les rues. Informé de l’absence d’effet de sur­prise, le convoi fait demi-tour et se repo­si­tionne à Tiznit.

6 juin 2008. La ten­ta­tive de méd­iation en est à l’éch­elle natio­nale : une réunion est orga­nisée à Rabat avec de hauts res­pon­sa­bles et 5 représ­entants de la popu­la­tion de Sidi Ifni, trans­portés jusqu’à la capi­tale par avion mili­taire. Une fois arrivés, les inter­lo­cu­teurs sem­blent prêts à négocier. Les 5 représ­entants se font convain­cre de deman­der à la popu­la­tion de cesser les mani­fes­ta­tions. Croyant à une pos­si­bi­lité de négoc­iation, beau­coup de gens de Sidi Ifni ren­trent chez eux, sauf des jeunes (entre 100 et 300) qui res­tent dans les rues de la ville. Il va s’avérer que cette réunion était en réalité une ten­ta­tive de diver­sion.

Samedi 7 juin 2008. 4 H 30 du matin, l’armée lance l’assaut sur deux fronts :

Un front Nord, par l’entrée de la ville, lors­que l’on arrive de Tiznit.

Un front Ouest, par la mer, au niveau du port bloqué par les chômeurs. Les unités spéc­iales (com­pa­gnie mobile d’inter­ven­tion) arri­vent en zodiacs.

Les affron­te­ments sur les deux fronts dure­ront de 4 heures jusqu’à 11 heures. Ceux qui sont à l’extérieur de leurs habi­ta­tions se font inter­pel­ler ou tirer dessus par balles en caou­tchouc, idem pour ceux qui ten­tent d’obser­ver par leur fenêtre. C’est entre 4 h 30 et 9 heures que, selon les tém­oig­nages ocu­lai­res, et uni­que­ment pour ce qui concerne le centre de la ville (c’est-à-dire pas les deux zones de front), tom­be­ront au moins 4 per­son­nes chez les civils. 2 ont été écrasées par les 4x4 des forces répr­es­sives, un autre est mort en pleine rue suite aux coups qu’il a reçus. Un autre est mort après avoir reçu une balle en caou­tchouc au niveau de la tête. Les cada­vres ont été tirés jusqu’à une esta­fette blan­che avec des bandes de cou­leur orange. Ils ont été aperçus à deux repri­ses, sur les lieux où ils ont décédé, puis dans l’esta­fette, au niveau de l’hôpital, par des per­son­nes qui habi­tent à côté.

Sur le front du port, selon ce qui se raconte, des tirs à balle réelle auraient eu lieu, mais tout le monde s’est vite enfui et il n’y aurait pas eu de vic­ti­mes. Un mani­fes­tant a été sodo­misé avec une matra­que en public, en pleine rue. Des unités sont entrées dans les habi­ta­tions (en fra­cas­sant les portes lorsqu’elles étaient fermées) et ont tabassé puis arrêté tous les jeunes qu’ils trou­vaient. S’il n’y avait pas de jeunes, ils arrêtaient les femmes ou les sœurs. Selon des tém­oig­nages concor­dants, 2 femmes ont été violées chez elle par des sol­dats. De plus, il y a eu au moins 4 ten­ta­ti­ves de viol, dans les locaux du com­mis­sa­riat. De l’argent et des bijoux ont été volés, des pièces d’habi­ta­tion sac­cagées.

A ce jour, les per­son­nes concernées n’ont pas porté plainte puis­que le com­mis­sa­riat est tou­jours occupé par des mili­tai­res qui tabas­sent tous ceux qui vien­nent se plain­dre. Les viols auraient été limités grâce aux accro­cha­ges inter­nes entre sol­dats extérieurs et sol­dats possédant de la famille dans le quar­tier nord de la ville (zone où ont eu lieu le plus d’affron­te­ments).

Des per­son­nes par­vien­nent à s’évader par les toits et à se réfugier dans les mon­ta­gnes qui bor­dent la ville, cer­tains mar­che­ront jusqu’à Guelmin, d’autres erre­ront dans les cam­pa­gnes, d’autres retour­ne­ront à Ifni dans la soirée mais se feront arrêter pour la plu­part. C’est en allant pour­chas­ser les fuyards que deux flics trou­ve­ront la mort, l’un tué par les mani­fes­tants en fuite, l’autre mor­tel­le­ment mordu par un chien errant. Leurs corps ont été trans­portés par leurs collègues à Tiznit.

Tout le per­son­nel de l’hôpital a été évacué pour être rem­placé par du per­son­nel mili­taire.

A 9 heures, les gen­dar­mes se reti­rent (tout en res­tant sur les diver­ses routes qui relient la ville au monde extérieur). Il ne reste que les forces auxi­liai­res et la police, qui met­tent en place une vaste opé­ration de net­toyage pour enle­ver les traces d’affron­te­ments (ramas­sage des douilles au sol, mas­quage des impacts sur les murs).

Des contrôles systé­ma­tiques d’iden­tité sont mis en place pour tous les jeunes qui sont aperçus dans les rues de la ville.

A 12 heures, des hélicoptères et des bri­ga­des cani­nes vont fouiller la mon­ta­gne.

Dans l’après-midi, beau­coup de famil­les se ren­dent à l’hôpital mais très peu sont auto­risées à y accéder, dont notam­ment une femme qui s’y ren­dait non pour avoir des nou­vel­les de mem­bres de sa famille mais pour se faire soi­gner d’une crise d’appen­di­cite. En l’absence des soins néc­ess­aires, cette femme est décédée, suite au refus de l’hôpital de l’accueillir.

On dép­lore au total 300 arres­ta­tions. Les gens arrêtés ont d’abord été conduits soit au com­mis­sa­riat, soit à la Pachawia, soit au lycée Moulay Abdellah, soit à la caserne mil­liaire d’Ifni. En général, ils ont été dés­habillés, leurs yeux bandés, allongés les uns à côté des autres puis ils ont été piétinés et tabassés.

140 per­son­nes classées non mili­tan­tes (dans les fichiers de la police) sont tabassées puis relâchées rapi­de­ment, les 160 autres (classées comme mili­tan­tes) sont déplacées à l’extérieur de la ville, pour être tor­turées. 110 sont placées au com­mis­sa­riat de Tiznit. Pas de nou­vel­les des 50 autres (sur­tout des lea­ders des mani­fes­ta­tions), malgré les recher­ches de leurs famil­les. Les lieux de leur incarcé­ration sont tenus secrets. 11 des 12 chômeurs qui blo­quaient le port ont été arrêtés dans leurs mai­sons le samedi matin. A ce jour, aucune nou­velle du douxième.

Dimanche 8 juin 2008. Dans la matinée, a lieu une ten­ta­tive de réunion des habi­tants dans le quar­tier à l’entrée Nord de la ville. Ils sont très vite encer­clés et beau­coup sont arrêtés. Sur la route entre Guelmin et Ifni sont ins­tallés quatre bar­ra­ges en plus du bar­rage habi­tuel, tout jeune qui est arrêté à ces bar­ra­ges se voit inter­rogé et fouillé ; s’il possède du matériel photo et caméra, celui-ci est confis­qué. Dans le centre-ville, des PC et des télép­hones por­ta­bles ont été réq­ui­sitionnés pour tenter de limi­ter les com­mu­ni­ca­tions avec l’extérieur. Les com­mu­ni­ca­tions télép­ho­niques sont sur­veillées. L’ordre a été donné de ne délivrer aucun cer­ti­fi­cat d’agres­sion.

Point Media :

La chaîne Al Jazeera a com­mu­ni­qué depuis le samedi matin sur la situa­tion à Ifni. Le direc­teur d’Al Jazeera Maroc a été arrêté à Rabat, inter­rogé 4 heures puis relâché. Les auto­rités maro­cai­nes, qui dém­entent qu’il y ait eu des morts et par­lent uni­que­ment de 44 blessés dont 27 chez les poli­ciers, accu­sent Al Jazeera de « légèreté dans la col­lecte d’infor­ma­tion ». Les chaînes 1 et 2 ont parlé de mani­fes­ta­tions paci­fi­ques et n’ont fait état que de l’arres­ta­tion des 12 chômeurs.

Le Premier minis­tre maro­cain s’est exprimé sur la pre­mière chaîne pour dire que la popu­la­tion d’Ifni était très calme et pour nier qu’il y ait eu des morts. Des vieilles vidéos de 2004 ont été passées pour faire croire que rien ne s’était déroulé ce samedi 7 juin 2008.

A Rabat, le samedi à 16 heures, une per­sonne du centre maro­cain des droits de l’homme (CMDH) a orga­nisé une confér­ence de presse avec TV 13, des TV espa­gno­les, Al Jazeera et d’autres médias. Cette per­sonne a été arrêtée le diman­che à 18h puis libérée à minuit après inter­ro­ga­toire.

Jeudi 12 juin : grève géné­rale dans la ville pour deman­der le retrait des flics de la ville. A 18 heures, ceux-ci quit­tent leurs posi­tions dans les quar­tiers chauds et ils se concen­trent autour de la Pachawiya, du com­mis­sa­riat, de la caserne, et dans les différ­entes écoles et lycées de la ville. En soirée, 4 cada­vres ont été retrouvés sur la plage de Sidi warzeg à 10 km au sud de la ville. Aux ques­tions de la popu­la­tion por­tant sur l’iden­tité des nau­fragés, l’hôpital a refusé de leur dire de qui il s’agis­sait. Le Pacha a déclaré qu’il s agis­sait d’afri­cains clan­des­tins. [Sidi Ifni étant une voie de départ vers les Canaries].

Dimanche 15 juin Un homme âgé de 74 ans, en chaise rou­lante, a été tabassé avec son fils après que les flics sont entrés dans leur maison. Il est décédé suite aux coups reçus.

Lundi 16 juin, 8000 per­son­nes mani­fes­tent pour réc­lamer le départ des forces de l’ordre, la libé­ration des détenus, une enquête sur les meur­tres, les viols, les agres­sions sexuel­les, les tor­tu­res et les vols commis par des forces de répr­ession. Les forces auxi­liai­res sont inter­ve­nues pour dis­per­ser la mani­fes­ta­tion. Un jeune Ifnawi de 16 ans a été griè­vement blessé au niveau de la tête par une bombe lacry­mogène lancée par les flics.

En soirée 7 per­son­nes, libérées par le juge d’Agadir, sont accueillies en héros par la popu­la­tion.

Mardi 17 juin, 4 mem­bres du Secrétariat local ont été arrêtés à 4 h du matin au retour de la mon­ta­gne.

Mercredi 18 juin : la popu­la­tion de la ville a com­mencé un sit-in illi­mité jusqu’à la libé­ration de tous les détenus et le retour des dis­pa­rus.

Le même jour, la com­mis­sion par­le­men­taire d’enquête sur les évé­nements de Sidi Ifni a été crée. Elle est com­posée de 15 mem­bres de la Chambre des représ­entants. Il s’agit de Noureddine Moudian (pré­sident et membre du part Al Istiqlal dont le Premier minis­tre a déclaré dans les médias que rien ne s’était passé dans la ville de Sidi ifni), Mustapha Ramid (pre­mier vice-pré­sident et membre du Parti isla­miste de la jus­tice et de dével­op­pement), Ahmed Touhami (deuxième vice-pré­sident), Omar Sentissi et Mohamed Mustapha Ibrahimi (rap­por­teurs), Bouazza Lamrami (secrét­aire), ainsi que Saïd Dour, Tayeb Mesbahi, Abdelwahed Ansari, Abdeljabbar Qastalni (représ­entant de Tiznit au par­le­ment), Fatima Moustaghfir, Najima Taytay (elle est repar­tie de Sidi Ifni dès le pre­mier jour de sa visite), Abdallah Aberki, Taher Chakir et Hassan Mabkhout.

Dans une déc­la­ration à la presse, le pré­sident de cette com­mis­sion, Noureddine Moudian, a indi­qué, que « toutes les per­son­nes audi­tionnées jusqu’à présent ont fait montre d’une pleine coopé­ration, aussi bien au niveau cen­tral que local, per­met­tant aux mem­bres de la com­mis­sion de se faire une idée glo­bale sur le dér­ou­lement des inci­dents qu’a connus la ville ». Cette déc­la­ration a été faite par M. Moudian à son arrivée à la ville de Sidi Ifni en com­pa­gnie de tous les mem­bres de la com­mis­sion par­le­men­taire. Il a en outre annoncé l’ouver­ture des séances d’audi­tion des tém­oig­nages de cer­tains habi­tants de la ville. « La com­mis­sion est ouverte à toutes les per­son­nes et caté­gories pou­vant l’écl­airer dans la recher­che de la vérité sur les inci­dents et leurs causes et conséqu­ences », a-t-il déclaré avant d’ajou­ter que « l’action de la com­mis­sion dans la ville de Sidi Ifni n’est pas limitée dans le temps, puisqu’il sera procédé à l’audi­tion des tém­oig­nages de nom­breu­ses per­son­nes se considérant comme vic­ti­mes, de même qu’il sera procédé, diman­che à l’audi­tion de res­pon­sa­bles au sein du corps des auto­rités loca­les, du médecin de l’hôpital, d’acteurs éco­no­miques et de la société civile et de cer­tains élus locaux, aux côtés de toute per­sonne dont le tém­oig­nage est jugé utile pour faire la lumière sur ce qui s’est passé à Sidi Ifni ».

On peut être scep­ti­que sur le contenu du rap­port final car les grands res­pon­sa­bles de la sécurité rég­io­nale et des forces auxi­liai­res, ainsi que le préfet de Tiznit ont refusé de se prés­enter seuls, et ont insisté pour tém­oigner en groupe devant la com­mis­sion….

Le 26 juin : Le Centre maro­cain des droits de l’homme orga­nise une confér­ence de presse au siège des avo­cats de Rabat pour prés­enter son rap­port pri­mi­tif concer­nant ce qui s’est passé le Samedi 7 juin à Sidi Ifni. Deux témoins ont présenté leur tém­oig­nage :

-  Meriem, une jeune fille de 22 ans, a été arrêtée par deux flics le matin en ren­trant chez elle après avoir donné à manger à ces brebis : pen­dant une journée, les poli­ciers l’ont tor­turée, l’ont dés­habillée tota­le­ment, ont tenté de la violer au sein du com­mis­sa­riat de la ville, avant de la relâcher.
- 
-  Mohammed, un jeune menui­sier de 32 ans, a été arrêté dans son ate­lier par les flics, tor­turé, violé avec une matra­que, et gra­ve­ment blessé au niveau des tes­ti­cu­les.
-  À la confér­ence de presse, en plus des jour­na­lis­tes présents et sur­tout de la chaîne al Jazeera, il y avait un représ­entant du consu­lat des Etats-Unis (! !!) et différents représ­entants des asso­cia­tions maro­cai­nes des droits de l’homme. Cette confér­ence a été animée par Sbeelil Brahim, direc­teur du Centre maro­cain des droits de l’homme, filiale de Sidi Ifni. Après la fin de la confér­ence, la voi­ture trans­por­tant les deux témoins, la femme de Sbeelil Brahim et un autre mili­tant des droits de l’homme, a été assiégée par des flics, qui les ont amenés au com­mis­sa­riat de l’Océan à Rabat, sous prét­exte que la plaque d’imma­tri­cu­la­tion de la voi­ture aurait été fal­si­fiée !!!!!

27 juin : 1h30 du matin, 20 hommes en civil ont sac­cagé la demeure de Sbeelil Brahim à Rabat pour le kid­nap­per et l’amener dans un endroit inconnu jusqu’au 30 juin, où il a été placé dans la prison de Salé.

Le 29 juin : la com­mis­sion est déjà à Sidi Ifni, et elle compte rester plus qu’une semaine.

Le 30 juin : la journée célébrant l’indép­end­ance de la ville de la colo­ni­sa­tion espa­gnole, la popu­la­tion a décidé de la fêter à sa manière : tous les habi­tants se sont habillés depuis le matin en noir, et ont défilé dans les prin­ci­pa­les ave­nues de la ville.

L’après-midi ils ont décidé de repren­dre un sit in dans le quar­tier Boulaaâlam, cette fois-ci jusqu’à la satis­fac­tion des reven­di­ca­tions, la libé­ration de tous les pri­son­niers et des per­son­nes kid­nappées, et la sus­pen­sion des pour­sui­tes judi­ciai­res contre les jeunes réfugiés dans les mon­ta­gnes.

Le 1er juillet, vers 4h30 du matin une unité spéc­iale est entrée vio­lem­ment dans la maison de M. Lakrik à la recher­che d’un membre présumé du Secrétariat local (Issam Mohammed : ils ont déjà essayé de le coin­cer deux fois avant, ils ont même essayé de pren­dre son pére à sa place) réfugié dans la mon­ta­gne, selon M. Lakrik ils étaient 15 flics armés et mas­qués, mais cette per­sonne était heu­reu­se­ment partie sortie 5 minu­tes avant l’assaut.

5h00, 20 esta­fet­tes (cha­cune conte­nant 17 flics) ont atta­qué le lieu du sit in ; à ce moment-là 15 jeunes se trou­vaient dans les tentes. Les flics ont com­mencé par enle­ver les dra­peaux, les ban­de­ro­les, dém­onter les tentes. Les 15 jeunes ont réveillé les habi­tants qui sont rapi­de­ment arrivés sur les lieux, ils ont essayé d’expli­quer aux flics que leur-sit in était paci­fi­que, mais les flics ont arrêté un homme. Les jeunes ont com­mencé à affron­ter les flics, les affron­te­ments ont com­mencé de là jusqu’à 6h30, heure à laquelle l’ordre a été donné aux flics de se reti­rer en attente des ren­forts. Bilan : plu­sieurs flics blessés, 4 jeunes arrêtés, 13 autres blessés.

8h00 : à peu près 150 jeunes se sont ras­sem­blés sur le lieu du sit in ; l’info a été dif­fusé dans la ville ; les habi­tants des autres quar­tiers ont rejoint le lieu du sit-in, à midi 600 per­son­nes étaient déjà là, les dra­peaux, les ban­de­ro­les, les tentes ont été remis en place.

12h00 : les habi­tants ont mis fin au sit-in quand ils ont appris que des ren­forts allaient venir d’Agadir (situé à 190 km de Sidi Ifni) : 4 camions des gen­dar­mes, 50 esta­fet­tes de forces auxi­liai­res, 30 esta­fet­tes des bri­ga­des d’inter­ven­tion rapide.

13h00 : les ren­forts arrivént à Tiznit (située à 75 km de Sidi Ifni) où ils s’arrêtent en atten­dant de nou­veaux ordres.

Le même jour, la com­mis­sion par­le­men­taire quitte la ville après avoir ras­sem­blé 150 tém­oig­nages.

2 mem­bres du Parti isla­mi­que de la jus­tice et du dével­op­pement (PJD) se sont retirés de la com­mis­sion, suite au refus d’un grand res­pon­sa­ble rég­ional qui est le préfet de Tiznit de se prés­enter seul devant la com­mis­sion sans ses aides et secrét­aires !!!!

Le 3 juillet : 20h30, une mani­fes­ta­tion de 2000 per­son­nes s’apprête à défiler dans les rues de la ville en pro­tes­tant contre le nouvel assaut qui se pré­pare une nou­velle fois contre les habi­tants de la ville, ils réc­lament le droit de mani­fes­ter et la satis­fac­tion de leurs reven­di­ca­tions.

Sidi ifni risque d’explo­ser à n’importe quel moment, sur­tout que beau­coup des Ifnawi des autres villes (étudiants sur­tout), de la France, des îles Canaries com­men­cent à reve­nir dans la ville pour l’été.

Faites cir­cu­ler ce tract et ces infor­ma­tions autour de vous car la répr­ession au Maroc se nour­rit aussi du silence des médias français…

De nou­vel­les infor­ma­tions nous sont par­ve­nues

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