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A propos d’un article de Meeting : R.S. a beaucoup d’imagination…mais bien peu de rigueur !

dimanche 29 juin 2008, par Yves

R.S. a beaucoup d’imagination…mais bien peu de rigueur !

Suivi de la réponse de R.S. du 4 juillet 2008 et d’une ultime précision de ma part

Le principal problème avec la forme des critiques de R.S. (cf. « Etat des lieux », Meeting n° 4 juin 2008 ; sur Internet http://meeting.senonevero.net/spip.php?article141 ; ou l’annexe à la fin de cet article reproduisant in extenso les passages nous concernant) insérées dans une longue réponse à un panel hétéroclite de ses détracteurs est qu’elles donnent l’impression – totalement fausse – que je serais obsédé par la dénonciation du « courant communisateur », tout comme certains de ses rivaux ultragauches ou conseillistes. Que R.S. se rassure ! « Théorie communiste » et « Meeting » peuvent développer leurs précieuses idées en toute quiétude, je ne foulerai pas le « champ » sacré de la « Pratique Théorique » (selon l’expression favorite de Louis Althusser) !

La seule fois où j’ai fait brièvement allusion à la « communisation », c’est en introduction à un texte de R.S. (« La lutte anti-CPE » reproduit dans un numéro spécial de « Ni patrie ni frontières » – « Rêve général ») sur les mouvements des étudiants et de la jeunesse en 2006, et non à propos des émeutes de novembre 2005 comme on pourrait le croire en lisant R.S. Notre polémiste pressé mélange deux éléments qui n’ont rien à voir :

a) mes quelques lignes très schématiques de présentation de quelques textes de « Théorie communiste » et de « Temps critiques » sur le CPE. Sur les 40 lignes la moitié, en fait de critique « acerbe », reproduisait entièrement la présentation de Meeting ! Et j’ajoutais : ces revues « ont le mérite de tenter, sur certains points, de rompre avec les discours abstraits et répétitifs de l’ultragauche et de s’interroger sur l’évolution des sociétés capitalistes actuelles. Elles ont aussi à cœur de ne pas condamner la révolte ni de vouloir la canaliser vers les urnes. » On est donc loin (de ma part) d’un règlement de comptes à Meeting Corral comme veut le faire croire R.S.

b) mes commentaires « acerbes » selon R.S. (sur ce dernier point, il a raison, ils étaient souvent inutilement agressifs mais ils ne le concernaient pas) se trouvaient généralement dans des notes – que personne n’était obligé de lire – au bas de 150 pages de tracts et articles diffusés durant le mouvement de 2006. Ces textes d’individus ou groupes « anarchistes, autonomes, castoriadiens, pro-situs, post-situs, et ultragauches » constituaient l’essentiel du contenu de la revue et n’avaient rien à voir avec une critique de R.S.

Soucieux de m’inclure à tout prix dans la liste de ses détracteurs acharnés, R.S. met bout à bout des citations tirées de 3 textes différents et dont un (l’introduction de quelques lignes à son texte sur le CPE) n’a rien à voir avec les deux autres. Malheureusement pour sa laborieuse démonstration, dans les deux articles plus longs que j’ai écrits, il n’est nullement fait mention de l’interprétation des « émeutes » de novembre par le Grand Timonier de la Pratique Théorique.

En effet, le premier texte était un récit événementiel et banalement « sociologique » paru début décembre 2005 et ne contenait pas une ligne sur R.S. : il était destiné à informer des camarades anglosaxons qui cherchaient des infos sur Novembre 2005 qui soient plus fiables que celle des médias anglais ou américains ; quant au second, il s’agissait d’un ensemble de 4 articles polémiquant contre un texte d’Emilio Quadrelli paru sur le site britannique « Mute » et des interviews de « guérillas noires » françaises que cet anthropologue avait publiées dans le quotidien « Il Manifesto ». Tout cela ne visait ni R.S. ni les communisateurs, n’en déplaise à leur ego démesuré. Si j’avais voulu les attaquer, je n’aurai pas pris un biais aussi détourné que de passer par l’Angleterre et l’Italie. De toute façon ce texte m’a été demandé par les camarades du site « Mute » et a été écrit en anglais pour un public anglophone pas pour jouer dans le bac à sable des communisateurs gaulois.

Pourquoi le Nouveau Chantre de la Pratique Théorique amalgame-t-il des individus, des groupes et des opinions critiques aussi diverses à son sujet ? Sans doute en vue de donner l’impression que « Théorie communiste » et « Meeting » seraient au centre d’une formidable tempête de polémiques passionnées – et encore l’article de R.S. a-t-il été écrit avant le livre de Jean-Louis Roche (1) !

Venons-on maintenant au « fond » – bien maigre – des « critiques » ou plutôt des déformations et des inventions de R.S. à mon sujet.

Comme me le disait un copain à propos d’une autre polémique oiseuse, « Tu perdras toujours ton temps à rétablir la vérité », mais bon, je m’y colle car je n’aime pas les procès d’intention et les déformations délibérées de R.S. Ces procédés sont détestables et nuisibles. Néanmoins, ami lecteur, si tu as mieux à faire, je ne t’en voudrais pas d’arrêter ici ta lecture. Sache seulement, si tu abandonnes ici ma réponse, que le texte de R.S. contient de nombreuses erreurs et procès d’intention absurdes, bien peu dignes de son auteur.

1) Selon R.S. : « Ni patrie ni frontières n°15 (décembre 2005) ne fait pas dans le lamento nostalgique mais plutôt dans la crainte que ces émeutes ne donnent aucune prise, aucune ouverture au militantisme politique révolutionnaire, clé d’une révolution réussie. Ici, le ton est celui de la condescendance paternalo-compréhensive. (…) Mais c’est bien sûr ! il suffisait d’aller leur expliquer : nous manquons de révolutionnaires de proximité. »

Je ne sais pas où R.S. a lu sous ma plume que « le militantisme politique révolutionnaire » serait la « clé d’une révolution réussie » . Je peux comprendre qu’il n’aime pas les « militants » des groupes d’extrême gauche ou libertaires, mais comment appelle-t-on des gens qui, comme ses camarades, se réunissent plusieurs fois par an pour éditer une revue comme « Meeting » , pour discuter, modifier et approuver des textes, qui organisent même une réunion internationale de discussion autour de leurs thèses, etc. ? Une bande de potes ? Une association de touristes de la Théorie ? Une O.N.G. pour radicaux aigris ?

On se demande pourquoi R.S. écrit tant et se démène tellement pour organiser des réunions afin d’expliquer ses idées s’il ne souhaite regrouper personne à ses côtés et autour de ses idées. Le nom même de la revue à laquelle il participe – « Meeting » – fait clairement allusion à une initiative organisée, pas à un rassemblement spontané et inopiné de mecs ou de nanas qui se baladent en vélo ou sur des chemins de randonnée au gré de leur fantaisie individuelle. Les camarades qui diffusent ses écrits, ou ceux d’autres partisans de sa « Pratique Phéorique », qui placent la revue dans les librairies, qui polémiquent sur Internet, qui vont à des manif, qui interviennent dans des A.G., qui se déplacent à des réunions ou qui élaborent collectivement avec lui, comment les appelle-t-il ? un club de discussion sympa ? un café philo ?

Soyons sérieux. Meeting est un groupe politique qui n’ose pas dire son nom, comme d’autres revues d’ailleurs où prédomine souvent un esprit de chapelle et qui tirent à boulets rouges sur leurs concurrentes pour conserver leur minuscule lectorat.

Pour répondre à R.S. sur le fond, je doute que les groupes révolutionnaires actuels soient « la clé » de quoi que ce soit d’intéressant, mais cela ne m’empêche pas de garder un œil sur leur évolution et d’essayer de dialoguer avec certains de leurs militants ou sympathisants ! (Je peux me tromper, être mal informé ou passer complètement à côté d’une évolution importante.) D’ailleurs, on sait bien que les membres des courants dits « anti-organisation » ont souvent fait un passage, plus ou moins bref, dans les groupes d’extrême gauche ou libertaires plus structurés avant d’en avoir été définitivement écœurés. S’ils peuvent évoluer dans une autre direction, on a tout intérêt à ne pas les ignorer…

2) Selon R.S. : « La conscience révolutionnaire qui sait si bien juger des choses en arrive enfin au crime suprême après l’attaque des « services publics » : « …les violences commises par les "émeutiers" contre les personnes : passagers des bus incendiés, caissières de supermarché et petit vieux assassiné. » (ibid, p.83). Est-ce une faute d’accord ou un amalgame ? Y-a-t’il eu des caissières assassinées ? Sont-ce les bus ou les passagers qui sont « incendiés » ? Ah ! le « vieux » qui est toujours « petit » (on apprendra par la suite que la mort du « petit vieux » - 61 ans - n’avait rien à voir avec les émeutes). »

Quand on veut jouer les prof de français, il faut savoir de quoi l’on parle. L’énumération ci-dessus n’est pas incorrecte d’un point de vue grammatical – n’en déplaise au Professeur R.S. Par contre, il est vrai qu’il y a un amalgame, et même deux, mais pas dans cette note qui suit un texte de L’envolée. Il n’est nulle part question dans ces 7 lignes de « passagers incendiés » – formulation fautive en français – ni de « caissières assassinées », sinon dans la tête – fort imaginative – et sous la plume mal intentionnée de R.S. Et le mot de « services publics » qu’il place entre guillemets ne se trouve pas dans cette note. Je comprends bien son intention polémique sous-jacente (la « défense des services publics » fait vomir l’ultragauche), malheureusement il invente de toutes pièces ses propos placés entre guillemets. Curieux procédé que celui de la fausse citation à répétition, placée entre guillemets pour mieux semer le doute, puisqu’on ignore si les guillemets sont un moyen pour l’auteur de marquer son scepticisme ou son ironie, ou alors s’il s’agit d’une véritable citation.
Quant au « petit vieux » , R.S. a mille fois raison de souligner mon erreur, celui-ci est mort à la suite d’un tabassage qui n’avait rien à voir avec les émeutes.

3) Selon R.S. : « Des événements qui n’ont de sens que dans l’ensemble des émeutes sont isolés, alors que c’est l’ensemble des cibles qui fait sens pour chacune prise séparément. Ces faits (marginaux) existent, c’est en faire le centre de son analyse qui non seulement est objectivement faux mais surtout révélateur d’une répulsion théorique apriori pour ces « événements » dans leur ensemble. »

Les « faits marginaux » cités par R.S. ne sont pas au « centre » de ma très modeste description des « émeutes » de 2005 ; ils occupent 20 lignes sur 880 !. De plus, ma « répulsion » n’a rien de « théorique ». Je n’ai absolument aucune sympathie pour des mecs qui cognent des caissières, font cramer des bus quand il y a des passagers dedans, ou foutent le feu à un foyer d’immigrés sans se poser la question de la propagation de l’incendie dans les maisons voisines. Une chose est de comprendre leur révolte et de ne pas se solidariser avec la répression de l’Etat ; une autre est d’approuver bruyamment leurs actes – ou d’adopter la politique de l’autruche comme le fait R.S..

4) Selon R.S. : « L’alimentation de la haine de la « jeunesse » contre la police n’a pas besoin des « révolutionnaires », la police y pourvoit bien assez elle-même. »

C’est ce qu’on appelle « botter en touche » et ne répond pas au problème posé. Pour en débattre sérieusement, il aurait fallu que R.S. cite les propos des « guérillas noires » interviewées par Emilio Quadrelli, ce qu’il se garde bien de faire, car cela l’obligerait à admettre que mes articles ne s’intéressaient aucunement aux Ecrits du Grand Communicateur de la Pratique Théorique.

5) Selon R.S. : « Seuls des militants révolutionnaires d’une organisation existante ou à venir voulant prendre le pouvoir et instaurer un nouvel Etat peuvent raisonner ainsi. »

Le Prince des Communisateurs, fidèle à sa méthode de polémiste pressé et peu regardant sur les moyens (cf. les imaginaires « caissières assassinées » et les prétendus « passagers incendiés » ) me prête non seulement des propos mais des positions politiques imaginaires sans apporter la moindre citation à l’appui. « Si tu dis cela, c’est forcément que… » , entendais-je régulièrement à LO lors de notre discussion sur la nature du capitalisme et de l’URSS avant d’en être exclu en 1974. La méthode de discussion de R.S. (inventer des positions à son interlocuteur et de prétendus liens « logiques » entre un raisonnement authentique et un autre qu’on lui attribue : « seuls des…. », « seule une… ») est exactement celle des militants de Lutte ouvrière...que méprise R.S.

6) Selon R.S. : « Obtenir le « soutien » ou la « neutralité » des forces de répression n’est pas un but d’un mouvement révolutionnaire, c’est dans ce qu’il fait qu’il affronte ces forces de répression et délite les rapports sociaux qui les soutiennent et dans lesquels elles existent. »

Je n’ai pas écrit qu’il fallait que les forces de répression actuelles soutiennent demain un mouvement révolutionnaire. J’ai simplement souligné qu’elles sont constituées d’un nombre considérable d’individus dont on ne peut faire abstraction. À la fois en raison de l’importance de leur armement, de l’importance de leurs effectifs, de leurs moyens techniques, etc., que je détaillais précisément pour que la discussion ne restent pas dans la Stratosphère de la Pratique Théorique chère à R.S. Il vaut mieux tenter d’avoir une partie de ces individus (pas les forces de répression actuelles et en bloc, bien sûr) à nos côtés que contre nous.

Quelle est la position précise de R.S. sur ces questions ? Il préfère s’en tenir à des bavardages : un mouvement révolutionnaire « délite[ra] les rapports sociaux qui les soutiennent » , « c’est dans ce qu’il fait qu’il affronte ces forces » ( bigre quelle profondeur de la pensée !) « et dans lesquels [ces forces] existent » (merci de ce génial scoop théorique : les forces de répression agissent dans le cadre de rapports sociaux !). Mais il ne répond pas au problème simple et bien concret que je posais. Mon hypothèse banale (il faudra bien un jour développer une propagande en leur direction) est peut-être fausse, mais je ne suis toujours pas convaincu qu’on puisse lutter contre une armée professionnelle et des policiers ou des gendarmes surarmés avec des phrases creuses… Le Gourou des Communisateurs n’a pas encore inventé le moyen de transformer ses mots en balles, en missiles, en avions de chasse ou en chars d’assaut. Je conseille à R.S., et à tous ceux qui aiment se bercer de mots ronflants comme lui, de regarder le documentaire « No more killing » (réalisé par Wolfgang Bergmann) sur les armes « non léthales » utilisées dans toutes sortes de pays par les forces de police. Cela devrait les aider à réfléchir un peu aux difficultés concrètes d’une simple manifestation de prolétaires déterminés – je ne parle même pas d’une révolution armée. À moins que R.S. pense que la révolution se fera avec des fleurs et des bisous… Ou que le Capitalisme s’effondrera tout seul, sous le poids de ses contradictions…

7) Selon R.S. : « Seule une « révolution » qui aurait pour contenu l’instauration d’un nouvel Etat peut chercher à obtenir le soutien ou la neutralité de ces forces qui apprennent très vite à se positionner selon les changements de rapports de force et savent pertinemment que le nouveau pouvoir, après une épuration plus ou moins profonde, aura de toute façon besoin d’elles : nouveau pouvoir issu d’une « révolution sociale » et encore plus d’une « révolution nationale ».

R.S. réitère son invention (je n’ai pas parlé d’« obtenir le soutien ou la neutralité de ces forces » mais au contraire de tenter d’en rallier certains éléments à la révolution – combien, comment et sous quelle forme, je l’ignore), ce qui n’est pas du tout la même chose.

Je n’ai pas non plus parlé de « révolution nationale ». Il s’agit d’un produit de l’imagination de R.S. accompagné de sa méthode favorite des faux guillemets laissant croire à une citation.

8) Selon R.S. : « Une révolution communiste dans son action elle-même a pour contenu non de gagner le soutien ou la neutralité de ces forces en tant que telles, mais de les éliminer socialement, de supprimer leur existence. »

R.S. nous ressert pour la troisième fois cette idée loufoque (« gagner le soutien ou la neutralité de ces forces en tant que telles » – on admirera l’ajout de l’expression « en tant que telles » . Même un parti stalinien ou réformiste n’oserait pas soutenir cette idée baroque qu’il me prête s’il voulait paraître un tant soit peu crédible auprès de ses électeurs des classes populaires : il évoquerait au minimum une « réforme » , une « meilleure formation » ou un « assainissement » des forces de répression. À force de répéter cette contre-vérité, R.S. a sans doute fini par croire sincèrement que j’avais écrit une telle stupidité.

Sur le fond, R.S. s’en tient une fois de plus à de plates généralités qui ne font pas avancer d’un centimètre la réflexion sur la lutte contre les forces de l’Etat (et même des Etats bourgeois coalisés contre une ou plusieurs révolutions). Je vois bien R.S. déclarer à un peloton de garde-mobiles qui ferait face à une manifestation d’ouvriers désarmés : « Rendez-vous, les mecs, sinon on va vous dissoudre socialement. » Brr, ils vont en chier dans leur froc, les gardes-chiourmes et les tueurs du Capital !

9) Selon R.S. : « Une telle révolution ne dépend d’aucun stratège qui aurait placé des hommes au bon endroit de ces forces ou juger le moment opportun où elles sont traversées de dissensions. »

Je n’ai nulle part parlé d’ « UN stratège » ni d’un seul parti qui jouerait le rôle de stratège. Il s’agit d’une invention de R.S. Par contre, effectivement je pense que la révolution suppose une réflexion stratégique menée collectivement, de façon organisée, si l’on veut préparer des affrontements armés de grande ampleur, et si ces affrontements armés se déroulent dans plusieurs pays à la fois. Evidemment si la Révolution se réduit à des joutes oratoires ou littéraires pour situationnistes et post-situs dans un amphi de fac, on pourra en faire l’économie.
Je comprends le souci de R.S. (et d’autres) de vouloir rompre avec la mythologie de la « prise du Palais d’Hiver » et de tenir compte de l’évolution de l’Etat, des forces de répression, des moyens de contrôle social depuis 1917. Malheureusement, il ne va pas plus loin que de démythifier un « bolchevisme » qui ne trouve plus guère de défenseurs sur cette planète. Un immense travail (y compris théorique) reste à faire, et on ne s’en tirera pas par des pirouettes et des jeux de mots post-situs.

De plus, quand R.S. refléchit – dans un autre texte – sur « le concept de cycles de lutte » que fait-il sinon entamer une réflexion d’ordre stratégique ?

10) Selon R.S. : « Est-ce si « naïf » de penser aujourd’hui non pas que l’on réalise immédiatement le communisme, mais que la révolution est communiste ou n’est pas ? »

D’après R.S. ce ne sera pas le communisme, mais la communisation qui se réalisera « immédiatement ». Or qu’est-ce que la « communisation » selon lui ? L’abolition de « la monnaie, l’échange, la valeur, l’Etat, le salariat, la division du travail, la propriété » - c’est-à-dire la définition même du communisme !!! Décidément notre Apôtre de la Rigueur Théorique devrait se relire avant de publier ses textes.

Quant à la phrase « la révolution est communiste ou n’est pas », le lecteur admirera la nouveauté de la formule et la profondeur de la pensée qu’elle exprime.

11) Selon R.S. : « A l’inverse, est-ce vraiment sérieux aujourd’hui d’espérer la constitution d’ « organisations politiques révolutionnaires » menant la révolution (sinon elles ne servent à rien) établissant un pouvoir (un Etat ?) révolutionnaire, instaurant une période de transition ? »

R.S. devrait écrire des romans de science-fiction ou des mangas car il a vraiment de l’imagination à revendre. Je n’ai nulle part écrit que ces fameuses « organisations politiques révolutionnaires » devraient « mener la révolution » et établir « un Etat » dans le cadre d’une « période de transition ». Pour la simple et bonne raison que je n’en sais rien.
Quant à l’idée que les « organisations politiques révolutionnaires… ne servent à rien », je pourrais lui retourner l’argument. Les « assemblées générales » de Meeting ne servent à rien, la parution des livres ou des revues de R.S. ne sert à rien, le site Internet de Meeting ne sert à rien, le stage international de Meeting ne sert à rien, etc. Pourtant il participe quand même à l’« organisation » de toutes ces choses, notre Hérault de l’Anti-Organisation dépense beaucoup d’énergie, avec d’autres, pour qu’elles prennent corps. Et je ne lui fais pas reproche de son inconséquence : il a raison de ne pas mettre en pratique ses idées sur ce point, sinon personne ne connaîtrait l’existence de ses thèses sur la communisation !

Les spontanéistes « inclassables » comme R.S. qui s’organisent en catimini (ou alors peut-être le font-ils sans même s’en rendre compte ?) sont obligés de disqualifier tous les autres groupes, de creuser un profond fossé autour d’eux à coups de polémiques pour protéger leurs quelques ouailles des effets possibles du dialogue avec les autres… tout en créant un énième groupuscule.
Si l’idée n’avait pas déjà été prise, Meeting pourrait s’appeler le GAG, le Groupe Anti Groupes…

Mais, que ses gentils membres se rassurent, ils ne sont pas les seuls à donner dans la démagogie antigroupes et le mépris élitiste de l’ « activisme » des militants « aliénés ». Ce qu’il y a d’amusant (en fait de triste car ces camarades ont de bonnes idées, même si je me moque d’eux aujourd’hui), c’est que dès qu’un mouvement social d’une certaine ampleur se déclenche, ils sont condamnés à chaque fois soit à se faire rouler dans la farine par les bureaucrates, soit à être marginalisés par les manipulateurs professionnels des groupes trotskystes, staliniens ou réformistes. Et ils n’en tirent aucune leçon, sinon de se retirer dans leur Tour d’Ivoire pour mieux critiquer toutes « les organisations »… en dehors de la leur.

12) Selon R.S. : « Ces « fourbes » (contraire de « candide » synonyme de « naïf ») devraient nous dire ce qu’ils pensent conserver « pour un temps » : la monnaie, l’échange, la valeur, l’Etat, le salariat, la division du travail, la propriété. »

Décidément, le Professeur R.S. veut donner des leçons mais il ne connaît pas le français : fourbe n’est pas le « contraire » de naïf, mais de franc, honnête et loyal. Et naïf n’est pas forcément synonyme de franc ou d’honnête. Quant au fond, je suis incapable de répondre à sa question, et je n’y ai d’ailleurs nulle part répondu… Je n’ai que des interrogations, pas de certitudes définitives comme R.S. et ses potes communisateurs.

13) Selon R.S. : « Mais diront ces « savants » tout cela disparaîtra progressivement, comme toutes les « révolutions sociales et nationales » jusqu’à aujourd’hui l’ont montré à ces gens qui ne croient pas au père Noël. »

Je n’ai rien écrit sur la question et je n’en sais rien. Et je n’ai nullement prôné de « révolutions nationales » !

14) Selon R.S. : « Tout ce sérieux réside dans le mimétisme de la société actuelle, c’est-à-dire que tout ce sérieux ne consiste qu’à considérer la société actuelle comme la référence absolue. »

Comme la « référence absolue » (là encore on est dans le procès d’intention loufoque), certes non, mais comme le point de départ contre lequel il faut diriger non seulement la critique théorique mais aussi la critique pratique. Et c’est « l’analyse concrète d’une situation concrète » qui manque le plus souvent dans les écrits de nos apologistes de la « Pratique Théorique ».

15) Selon R.S. : « Finalement, disons-le : la « naïveté » c’est la révolution. Mais, quels sont les contraires de « naïf » ? Artificieux, astucieux, habile, méfiant, rusé… « révolutionnaire », bolchévique, stalinien, trotskiste, socialiste… »

R.S. persiste dans ses définitions approximatives, pour ne pas dire erronées. La répétition est peut-être un principe pédagogique efficace dans l’Education nationale, mais répéter des erreurs ne les transformera pas magiquement en vérités, pas plus que les positions imaginaires qu’il m’attribue.

Enfin, il place un trait d’égalité entre cinq concepts politiques fort différents, comme s’il ignorait l’histoire des idées et du mouvement ouvrier, et les différences de sens et de contexte entre ces termes. Piètre démagogie dont j’ai du mal à saisir l’utilité, en dehors de nous faire l’éternel coup du « Meeting » assiégé par ses ennemis.

Post-scriptum

R.S. semble obsédé par la mort de ses contradicteurs ou de leurs idées « Il arrive un moment où il faut laisser les morts enterrer leurs morts (et les pousser dans le trou) », écrit-il à la fin de sa longue tirade contre ses détracteurs ; il dénonce également « les fossiles vivants » que seraient ses contradicteurs, ce qui est une manière de leur rappeler qu’ils sont déjà morts, ou les « rescapés » du CCI (le courant de « Révolution internationale ») qui auraient sans doute dû disparaître. Il fait allusion à la « mort du programmatisme », la « mort des grands récits », la « mort de l’art ». Curieuse thématique funèbre qu’on attendrait plutôt sous la plume d’un jeune étudiant soucieux de déboulonner les « vieux » et de les pousser dans la tombe, que d’un vieux briscard de l’Ultragauche...

Pour ma part, je me permets de lui souhaiter une longue et heureuse vie, accompagnée par des contributions plus subtiles que celle qui vient de me faire perdre mon temps, le sien et celui de ses (ou de nos) lecteurs.

Y.C. (Ni patrie ni frontières) 29/6/2008

1. L’ouvrage de J.L. Roche s’intitule Précis de communisation (le titre est ironique puisqu’il s’agit apparemment d’une critique), cf. le site http://proletariatuniversel.blogspot.com/. Ne l’ayant pas encore lu, je n’ai pas d’avis sur ce livre. L’auteur m’insulte parfois dans « Le Prolétaire universel »… mais ce n’est pas une raison pour ne pas acheter son bouquin si le sujet vous intéresse ! En tout cas ce sera forcément plus stimulant pour votre esprit critique que la polémique de R.S.

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ANNEXE reproduisant in extenso les passages de l’article de R.S.
concernant « Ni patrie ni frontières »


De son côté, Ni patrie ni frontières n°15 (décembre 2005) ne fait pas dans le lamento nostalgique mais plutôt dans la crainte que ces émeutes ne donnent aucune prise, aucune ouverture au militantisme politique révolutionnaire, clé d’une révolution réussie. Ici, le ton est celui de la condescendance paternalo-compréhensive.

« …il y a fort à parier que le fossé actuel qui s’est révélé pendant ces "émeutes" deviendra infranchissable pour les révolutionnaires (c’est qui ça ?, nda), mais malheureusement pas pour tous les démagogues, nationalistes ou religieux, qui chercheront à capter leur colère » (op. cit., p.8) « Enfin pour les bureaux de poste, les crèches, les théatres, les gymnases ou les écoles qui ont été incendiés, les révolutionnaires ne devraient pas hésiter à critiquer ces actes, même si nous pouvions en même temps les comprendre comme l’expression du désespoir et de la révolte. Il n’était nul besoin pour cela de traiter les incendiaires de "voyous" ou de "crétins", il suffisait de leur expliquer que la destruction d’installations collectives ne pénaliserait nullement la bourgeoisie, ni l’Etat, mais seulement eux-mêmes » (ibid, p.22).

Mais c’est bien sûr ! il suffisait d’aller leur expliquer : nous manquons de révolutionnaires de proximité.

« Il ne faut ni considérer tous les "émeutiers" comme des enfants irresponsables (donc mépriser leur révolte dont les fondements sociaux crèvent les yeux) ni en faire des insurgés ayant quasiment une conscience révolutionnaire… » (ibid, p.23). « Il vaut mille fois mieux que des habitants s’organisent pour discuter avec des jeunes qui veulent brûler une école, les convaincre de ne pas se livrer à cet acte autodestructeur, plutôt qu’ils apellent les flics pour faire le boulot » (ibid, p.28).

La conscience révolutionnaire qui sait si bien juger des choses en arrive enfin au crime suprême après l’attaque des « services publics » :

« …les violences commises par les "émeutiers" contre les personnes : passagers des bus incendiés, caissières de supermarché et petit vieux assassiné. » (ibid, p.83).

Est-ce une faute d’accord ou un amalgame ? Y-a-t’il eu des caissières assassinées ? Sont-ce les bus ou les passagers qui sont « incendiés » ? Ah ! le « vieux » qui est toujours « petit » (on apprendra par la suite que la mort du « petit vieux » - 61 ans - n’avait rien à voir avec les émeutes). Il ne faut pas « refuser de voir les manifestations de la barbarie capitaliste quand elle se manifeste chez les exploités ». (ibid, p.106). Des événements qui n’ont de sens que dans l’ensemble des émeutes sont isolés alors que c’est l’ensemble des cibles qui fait sens pour chacune prise séparément. Aucune violence n’est inscrite dans l’agenda et les règles de la conscience révolutionnaire (cf. Meeting 3, « La voiture du voisin »). Ces faits (marginaux) existent, c’est en faire le centre de son analyse qui non seulement est objectivement faux mais surtout révélateur d’une répulsion théorique a-priori pour ces « événements » dans leur ensemble. (…)
Le « révolutionnaire » de NPNF, lui va se poser les vrais problèmes qui ne sont que les problèmes du révolutionnaire.
Revenant sur les émeutes de 2005, Ni Patrie ni Frontières (n°21-22, novembre 2007) prend de la distance :

« Haïr la police et les flics ne permet absolument pas de résoudre le principal problème qu’ils nous posent : comment obtenir leur soutien ou, au moins, leur neutralité ? Durant toutes les révolutions sociales ou nationales victorieuses, les forces de répression (police, armée, services secrets et police politique) ont connu une crise et des scissions. La ligne de fracture s’est parfois opérée autour de la division entre les éléments profesionnels et non professionnels (les appelés). C’est pourquoi nous devons être attentifs aux dissensions qui peuvent apparaître dans l’appareil de répression et surveiller si elles ne renforcent pas les groupes ou partis fascistes. Alimenter la haine de la jeunesse contre la police ne produit aucun résultat politiquement intéressant. Pour qu’une discussion sur la guérilla urbaine prenne un tournure plus concrète, il faut commencer par identifier l’ennemi et ses moyens matériels. » (op.cit., p.97)

L’alimentation de la haine de la « jeunesse » contre la police n’a pas besoin des « révolutionnaires », la police y pourvoit bien assez elle-même. Seuls des militants révolutionnaires d’une organisation existante ou à venir voulant prendre le pouvoir et instaurer un nouvel Etat peuvent raisonner ainsi. Obtenir le « soutien » ou la « neutralité » des forces de répression n’est pas un but d’un mouvement révolutionnaire, c’est dans ce qu’il fait qu’il affronte ces forces de répression et délite les rapports sociaux qui les soutiennent et dans lesquels elles existent. Seule une « révolution » qui aurait pour contenu l’instauration d’un nouvel Etat peut chercher à obtenir le soutien ou la neutralité de ces forces qui apprennent très vite à se positionner selon les changements de rapports de force et savent pertinemment que le nouveau pouvoir, après une épuration plus ou moins profonde, aura de toute façon besoin d’elles : nouveau pouvoir issu d’une « révolution sociale » et encore plus d’une « révolution nationale ». Une révolution communiste dans son action elle-même a pour contenu non de gagner le soutien ou la neutralité de ces forces en tant que telles, mais de les éliminer socialement, de supprimer leur existence. Une telle révolution ne dépend d’aucun stratège qui aurait placé des hommes au bon endroit de ces forces ou juger le moment opportun où elles sont traversées de dissensions.
Mais là nous touchons pour Ni Patrie ni Frontières à la limite essentielle de Meeting et de toute théorie de la révolution comme communisation :

« Une bonne partie des critiques adressées aux courants spontanéistes dans les notes de ce numéro s’appliqueraient sans doute aussi à ces deux publications (Temps Critiques et Meeting, rangées conjointement dans l’élogieuse catégorie des « inclassables » nda). Toutes deux surévaluent le rôle de la violence minoritaire, des squats, du refus du travail, de l’ "appropriation directe" (le pillage), la portée des initiatives "radicales" locales et décentralisées, tout en sous-évaluant à la fois la nécessité d’organisations politiques et les difficultés de réaliser le communisme "immédiatement" comme semble l’affirmer naïvement Meeting dans la citation ci-dessus (il s’agit du texte de l’Invite figurant sur chaque numéro de Meeting, nda). » (n°16-17, septembre 2006, p.123)

Est-ce si « naïf » de penser aujourd’hui non pas que l’on réalise immédiatement le communisme, mais que la révolution est communiste ou n’est pas ? A l’inverse, est-ce vraiment sérieux aujourd’hui d’espérer la constitution d’ « organisations politiques révolutionnaires » menant la révolution (sinon elles ne servent à rien) établissant un pouvoir (un Etat ?) révolutionnaire, instaurant une période de transition ? Ces « fourbes » (contraire de « candide » synonyme de « naïf ») devraient nous dire ce qu’ils pensent conserver « pour un temps » : la monnaie, l’échange, la valeur, l’Etat, le salariat, la division du travail, la propriété. Mais diront ces « savants » tout cela disparaitra progressivement, comme toutes les « révolutions sociales et nationales » jusqu’à aujourd’hui l’ont montré à ces gens qui ne croient pas au père Noël. Tout ce sérieux réside dans le mimétisme de la société actuelle, c’est-à-dire que tout ce sérieux ne consiste qu’à considérer la société actuelle comme la référence absolue. Finalement, disons le : la « naïveté » c’est la révolution. Mais, quels sont les contraires de « naïf » ? Artificieux, astucieux, habile, méfiant, rusé… « révolutionnaire », bolchévique, stalinien, trotskiste, socialiste…

R.S., « Etat des lieux », Meeting n° 4

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REPONSE DE R.S.

Vous ne parlerez que lorsque vous serez interrogés

a ) Dans le texte critiqué par Y.C (« Etats des lieux », Meeting 4), il n’est jamais question d’obsession de NPNF vis-à-vis du courant communisateur, ni d’une défense de celui-ci contre les attaques de NPNF, mais des positions expressément développées par NPNF sur les émeutes de novembre 2005.

b ) Je ne comprends pas l’allusion récurrente à la « Pratique Théorique » concernant TC ou Meeting : citation et référence seraient les bienvenues.

c ) Y. C. se défend de ne jamais ou exceptionnellement avoir parlé de « communisation ». Mais c’est sur que dit NPNF sur les émeutes que portait ma critique. N’aurait-on le droit de donner son avis que si l’on est nommément « attaqué » ou cité ? La critique n’est-elle qu’un droit de réponse ? « Il n’avait pas à me critiquer dans la mesure où je ne parlais pas d’eux », semble dire YC. N’étant pas particulièrement visé, R.S. aurait dû comprendre qu’en conséquence il n’avait rien à dire s’il n’avait été aveuglé par « son ego démesuré ». N’est-ce pas Y.C qui liste complaisamment toutes les références à sa publication à la fin des numéros ?

c ) « Acerbe » portait sur le ton de certains commentaires à la suite des textes publiés par NPNF, quelle que soit leur origine. Je soulignais que seuls les textes de Mouvement Communiste échappaient à tout commentaire. Encore une fois, drôle de défense de la part de Y. C. : on ne doit pas critiquer ce qui ne vous est pas adressé.

d ) La critique des positions exprimées par NPNF, dans ces notes ne sont pas à critiquer, parce que « personne n’est obligé de les lire ». C’est exact, on peut même ne pas lire NPNF, ce qui sincèrement serait dommage.

e ) Une suite de critiques n’est pas un « amalgame », tout le texte repose sur une typologie qui est le contraire de l’amalgame.

f ) Y. C. n’est pas « mon sujet », contrairement à la personnalisation malveillante de sa réponse, ce sont des textes que je critique.

g ) « fossé deviendra infranchissable pour les révolutionnaires, mais malheureusement pas, etc. », « les révolutionnaires ne devraient pas hésiter à critiquer ces actes (…) il fallait leur expliquer, etc. ». Si NPNF qui, dans un autre texte écrit « Alimenter la haine de la jeunesse contre la police ne produit aucun résultat politiquement intéressant » (n° 21-22, p.97) ne se place pas dans la perspective d’un militantisme politique révolutionnaire, les mots n’ont aucun sens. Pour NPNF, toute personne qui se « démène » est un « révolutionnaire » et le fait en tant que « révolutionnaire ». Je me démène peut-être, mais je ne suis pas un « révolutionnaire » (ce qui n’étonnera personne).

h ) « Services publics » : aucun doute sur le fait qu’il ne s’agit pas d’une citation de NPNF, les guillemets sont destinés à dire c’est comme cela qu’on les appelle et c’est devenu une appellation contrôlée. NPNF se contente de dire « installations collectives ». Y.C. a du mal à énumérer les fausses citations à répétition qu’il y aurait dans mon texte.

i ) Ces « faits marginaux » (voitures incendiées) « ne sont pas au centre de ma description » dit Y.C, c’est exact. Mais où dans les 860 lignes restantes qu’il évoque est-il question des autres cibles ? R.S serait adepte de la « politique de l’autruche », est-ce être adepte de cette politique d’avoir intitulé un texte de Meeting 3 : La voiture du voisin ? En outre, pourquoi alors le texte de Mouvement Communiste qui ne parle que de ça et déclare que « ces faits (les émeutes) sont dépourvus d’un quelconque fondement politique de classe » n’est-il accompagné d’aucun commentaire ? Y.C. ne se prive pas de le dire quand il n’est pas d’accord avec ce qu’il publie. Je remarque que la critique pointilleuse de NPNF de mon texte évite soigneusement tout ce qui concerne MC.

j ) A propos de « l’inutilité politique de la haine de la police » (en substance) je n’avais rien le droit de dire puisque les articles ne me concernaient pas. Passons.

k ) Oui : « seuls des militants révolutionnaires d’une organisation existante ou à venir voulant prendre le pouvoir et instaurer un nouvel Etat peuvent raisonner ainsi », c’est-à-dire peuvent se demander « comment obtenir leur soutien (des forces de répression) ou au moins leur neutralité », surtout si on pense s’inspirer des « révolutions sociales ou nationales (c’est moi qui souligne) victorieuses (c’est moi qui souligne) ». Si A = B et si B = C, est-ce faire un procès d’intention à A que de dire A = C ?

l ) « Les fleurs », « les bisous », « le capitalisme qui s’effondre tout seul sous le poids de ses contradictions », Quel humour ! En voilà des affirmations qui ne consistent pas à « inventer des positions à son interlocuteur ». Quand je lis « obtenir leur soutien ou au moins leur neutralité », je comprends : « obtenir le soutien ou au moins la neutralité des forces de répression ».

Quand, en outre, je lis « il faudra bien un jour développer une propagande en leur direction » je me demande si Y.C. compte obtenir cela avec des « bisous » et des « fleurs », ou leur faire comprendre que ce n’est pas bien de « tirer sur le peuple » (entre guillemets car expression toute faite). Un mouvement révolutionnaire devra s’armer, mais s’il ne fait que ça il sera inexorablement battu.

Fallait-il arrêter la révolution en Espagne pour se concentrer sur la construction d’une armée anti-fasciste ? Bavardages… Une proclamation de l’indépendance du Maroc espagnol aurait-elle « délitée » l’armée de Franco ? Bavardages… Instauration de la gratuité, abolition de l’échange, de toutes les formes de propriété, emparement de tous les moyens de production, de communication, de bâtiments nécessaires à la lutte, sortir de la division du travail, c’est ça « déliter les rapports sociaux qui soutiennent les forces de répression et dans lesquelles elles existent ». Phrases creuses ? C’est cela, si l’on veut, la « propagande » à mener, mais on obtient ni le « soutien » ni la « neutralité » des forces de répression, le but c’est leur effondrement. C’est quoi pour Y.C la révolution communiste si les mesures communistes prises comme nécessités de la lutte ne sont pas son arme principale ?

Y.C soutient n’avoir jamais parlé « d’obtenir le soutien ou la neutralité » des forces de répression, mais « au contraire d’en rallier certains éléments à la révolution ». On peut avoir changé d’avis, on peut accuser son interlocuteur de mensonge, d’extrapolation, on peut dire « c’est une idée loufoque », mais ce n’est pas de ma faute si Y.C. a des « idées loufoques ». C’est « soutien » et « neutralité » qu’on lit noir sur blanc dans NPNF (n° 21-22, p.97). Y.C est à la recherche de « résultats politiquement intéressants » et la haine contre la police n’en produit pas, il devrait essayer les « bisous » et les « fleurs » ou une augmentation des soldes sous le nouveau pouvoir révolutionnaire transitoire.

m ) Nul besoin d’une imagination débordante pour conclure à partir de la « nécessité d’organisation politiques révolutionnaires » à leur rôle de « meneur » de la révolution. Y.C. n’en sait rien, il est rare que Y.C ne sache pas. Une « organisation politique révolutionnaire » existe et agit en tant que telle dans les luttes et a fortiori dans une période révolutionnaire. Les mots ont un sens, tout rassemblement de personnes réfléchissant et agissant parfois de concert, n’est pas une « organisation politique révolutionnaire ». Se rassembler pour faire une revue théorique ou même d’agitation ce n’est pas constituer une « organisation politique révolutionnaire » ?

NPNF ne sait pas non plus s’il y aura nécessité d’une période de transition. Mais la période de transition n’est pas un moyen pour parvenir au communisme, sa nécessité est tout simplement le signe de son échec. Quelle naïveté ce R.S ! Quel rapport social, quelle détermination du MPC peut-on se dispenser d’abolir dans l’ « éventuelle » période de transition ?

n ) NPNF n’a jamais prôné de « révolutions nationales », c’est exact. Mais NPNF, tout à sa vision « banale », « concrète », pas naïve en un mot, pas « délitant » les rapports sociaux capitalistes, de la révolution pense pouvoir tirer des enseignements des « révolutions nationales victorieuses » (extrait de la même citation que celle où figurent « soutien » ou « neutralité » : la citation qui n’existe pas). Comme si les « affaires militaires » n’avaient rien à voir avec la révolution que l’on mène.

Oui, je pense qu’à un moment il faut laisser les morts enterrer leur morts et les pousser dans le trou, mais il est étonnant pour un lecteur aussi sourcilleux de l’exactitude des textes et des citations que YC oublie de signaler que le passage auquel il fait référence n’occupe que deux pages sur 21 et que les deux tiers de ce texte sont consacrés à des discussions avec des camarades théoriquement très proches (et bien vivants).

Enfin, faisant feu de tout bois et pas très regardant sur le ton de l’ouvrage que l’annonce laisse présager (il paraît d’après JL Roche que comme au Kremlin ou chez Tahar Benjelloun, j’emploie un femme de ménage pour nettoyer mes chiottes), Y.C n’a pas lu le Précis de JL Roche mais il sait déjà que ce sera plus stimulant que du R.S.

Je terminerai sur un point qui m’interroge. Ma critique était vive certes mais correcte (comme on dirait au football) et théorique, jamais personnelle (ce qui m’aurait été difficile, trouvant jusqu’à aujourd’hui, YC très sympathique et un agréable compagnon). On pouvait y répondre sans ce déferlement de rancœur, de haine, et de mépris puisé à l’humour convenu de la polémique. On pouvait le faire sans viser la personne (heureusement que Y.C, non plus, n’a pas trouver le moyen de transformer les mots en balles). En « vieux briscard de l’Ultra-gauche » comme dit Y.C, je m’en remettrai, mais j’ai du mal à comprendre les raisons de tout cela. Vous ne parlerez que lorsque vous serez interrogés

Je terminerai sur un point qui m’interroge. Ma critique était vive certes mais correcte (comme on dirait au football) et théorique, jamais personnelle (ce qui m’aurait été difficile, trouvant jusqu’à aujourd’hui, YC très sympathique et un agréable compagnon). On pouvait y répondre sans ce déferlement de rancœur, de haine, et de mépris puisé à l’humour convenu de la polémique. On pouvait le faire sans viser la personne (heureusement que Y.C, non plus, n’a pas trouver le moyen de transformer les mots en balles). En « vieux briscard de l’Ultra-gauche » comme dit Y.C, je m’en remettrai, mais j’ai du mal à comprendre les raisons de tout cela. Quel point extrêmement sensible ai-je involontairement touché ?

« Le grand Timonier de la Pratique Théorique »
« Le Nouveau Chantre de la Pratique Théorique »
« Le professeur RS » (plusieurs fois)
« Le grand Communicateur de la Pratique Théorique »
« Le Prince des Communisateurs »
« Le Gourou des Communisateurs »
« L’Apôtre de la Rigueur théorique »
« Le Héraut de l’Anti-Organisation »

R.(A).S

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ULTIME PRECISION d’Y.C.

R.S. se range (reprenant mon qualificatif) dans la catégorie des "naïfs", et me range – dans son texte initial – dans la catégorie des "fourbes" c’est-à-dire, si les mots ont un sens, des "personnes qui trompent ou agissent mal en cachant en feignant l’honnêteté", des gens "faux, hypocrites, perfides et sournois", qui sont "disposés à tromper par artifice", selon la définition du dictionnaire.

Après cela, il se demande "quel point sensible il aurait involontairement touché" et se défend de toute "attaque personnelle".
Le lecteur jugera...

Y.C.