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Léon Trotsky : La guerre et la Quatrième Internationale (3)

jeudi 22 janvier 2004, par Yves

68. Le mot d’ordre de la milice ouvrière, ou de détachements d’autodéfense, n’a une signification révolutionnaire qu’autant qu’il s’agit d’une milice armée. Autrement la milice se réduirait aux spectacles, aux parades, et par conséquent ne serait qu’un leurre. Il va de soi que l’armement sera au début très primitif. Les premiers détachements ouvriers d’autodéfense ne disposeront ni d’obusiers, ni de tanks, ni d’avions. Pourtant, le 6 février, à Paris, au cœur d’une grande puissance militaire, des bandes armées de revolvers et de lames de rasoir fixées sur des cannes ont failli s’emparer du Palais-Bourbon et ont provoqué la chute du gouvernement [30]. Demain, des bandes semblables peuvent saccager les rédactions des journaux ouvriers ou les locaux des syndicats. La force du prolétariat réside dans son nombre. Même l’arme la plus primitive, dans les mains des masses, peut accomplir des miracles. Dans des conditions favorables, elle peut ouvrir la voie à des armes plus perfectionnées. (…)

La politique révolutionnaire contre la guerre

70. La première condition du succès, c’est l’éducation des cadres du parti dans une juste compréhension de toutes les conditions de la guerre impérialiste et de tous les processus politiques qui l’accompagnent. Malheur au parti qui, dans cette question brûlante, se borne à des phrases générales et à des mots d’ordre abstraits ! Les événements sanglants l’abattront complètement et l’écraseront.

71. Pour un parti révolutionnaire, le moment même de la déclaration de guerre est particulièrement critique. La presse bourgeoise et social-patriote, unie à la radio et au cinéma, déversera sur les travailleurs des torrents de poison chauvin. Même le parti le plus révolutionnaire et le mieux trempé ne pourra pas, à ce moment-là, résister tout entier. L’histoire actuelle, falsifiée de bout en bout, du parti bolchevique ne sert pas à préparer réellement les ouvriers à cette épreuve, mais à les endormir par un schéma idéal et fictif. Bien qu’aucun effort d’imagination n’ait pu faire prendre la Russie tsariste pour une démocratie, une nation civilisatrice ou un pays sur la défensive, la fraction bolchevique de la Douma, avec la fraction menchevique, lança au début de la guerre une déclaration social-patriotique teintée d’un internationalisme pacifiste à l’eau de rose. Il est vrai qu’elle prit, peu après, une position plus révolutionnaire, mais, lors de son procès, tous les députés accusés, y compris leur inspirateur sur le plan théorique, Kamenev, à l’exception du seul Mouranov [31] se délimitèrent nettement de la théorie défaitiste de Lénine. Au début, le travail illégal du parti cessa presque totalement. Ce n’est que petit à petit que l’on commença à diffuser des tracts révolutionnaires qui regroupèrent les ouvriers sous le drapeau de l’internationalisme sans toutefois lancer de mots d’ordre défaitistes.

Les deux premières années de la guerre sapèrent vigoureusement le patriotisme des masses et poussèrent le parti à gauche. Mais la révolution de février, qui avait fait de la Russie une « démocratie », donna naissance à une nouvelle et puissante vague de patriotisme « révolutionnaire ». L’écrasante majorité des dirigeants du parti bolchevique n’y résistèrent pas à l’époque. En mars 1917, Staline et Kamenev donnèrent à l’organe central du parti une orientation social-patriote [32]. Sur cette base se réalisèrent un rapprochement, et, dans la majorité des villes, même une fusion des organisations mencheviques et bolcheviques [33]. Il fallut les protestations des révolutionnaires les plus fermes, surtout dans les quartiers avancés de Petrograd, et l’arrivée de Lénine, ainsi que sa lutte implacable contre le social-patriotisme, pour que le parti mène en avant son front internationaliste [34]. C’est ainsi que les choses se sont passées avec le parti révolutionnaire le meilleur, le plus révolutionnaire et le mieux trempé ! (…)

73. Il faut suivre de près la préparation patriotique de chair à canon en train de s’effectuer : les feintes diplomatiques qui visent à rejeter la responsabilité sur l’autre camp, les formules traîtresses des sociaux-patriotes avoués ou masqués en train de se préparer un pont pour passer du pacifisme au militarisme, les mots d’ordre creux des dirigeants « communistes » qui seront aussi éperdus le premier jour de la guerre que l’étaient les « dirigeants » allemands la nuit de l’incendie du Reichstag [36]. (…)

75. Une agitation renforcée contre l’impérialisme et le militarisme ne doit pas partir de formules abstraites, mais de faits concrets, qui frappent les masses. Il faut dénoncer sans relâche le budget militaire public, mais aussi les formes masquées du militarisme, sans jamais laisser passer sans protester les manœuvres, les fournitures militaires, les commandes, etc.

76. (…) Puisque les directions de la bureaucratie syndicale dans la majorité des pays constituent essentiellement une fraction officieuse de la police capitaliste, un révolutionnaire doit savoir les combattre de façon irréconciliable, en combinant l’activité légale et illégale, le courage du combattant et la prudence du conspirateur. (…)

79. Si le prolétariat se révèle impuissant à empêcher la guerre au moyen de la révolution -et elle est l’unique moyen d’empêcher la guerre-, les travailleurs, avec le peuple entier, devront participer à l’armée et à la guerre. Les mots d’ordre individualistes et anarchistes d’objection de conscience, résistance passive, désertion, sabotage, sont radicalement opposés aux méthodes de la révolution prolétarienne. Mais, de même que, dans les usines, l’ouvrier avancé se sent un esclave du capital et se prépare à sa libération, de même, dans l’armée capitaliste, il a conscience d’être l’esclave de l’impérialisme. Contraint aujourd’hui de donner ses muscles, voire sa vie, il ne donne pas sa conscience révolutionnaire. Il demeure un combattant, apprend à manier les armes, explique, même dans les tranchées, la signification de classe de la guerre, regroupe autour de lui les mécontents, les réunit dans des cellules, transmet les idées et les mots d’ordre du parti, suit attentivement les changements d’état d’esprit des masses, le reflux de la vague patriotique, la montée de l’indignation et, au moment critique, appelle les soldats à soutenir les ouvriers.

La Quatrième Internationale et la guerre

(…) 82. Le meilleur critère des tendances d’une organisation donnée est son attitude pratique, dans l’action, vis-à-vis de la défense nationale et des colonies, surtout quand la bourgeoisie du pays en question possède des esclaves coloniaux. Seule une rupture authentique et complète avec l’opinion publique officielle sur la question la plus brûlante de la « défense de la patrie » signifie un tournant, ou du moins le début d’un tournant, de positions bourgeoises vers des positions prolétariennes. (…)

NOTES (reprises du site Marxist Internet Archives)

[1] Arthur Henderson (1863-1935) avait été le premier secrétaire du Labour Party, dont il avait dirigé après la guerre la réorganisation. Primitivement libéral, il s’était affilié, pour devenir membre du Labour Party, à la très modérée « Société fabienne ». Il était le chef de l’aile droite de son parti. Emile Vandervelde (1866-1938), alors président de la Deuxième Internationale et chef du parti ouvrier belge, avait été plusieurs fois ministre, et d’abord en 1914, dans des gouvernements d’union nationale. Léon Jouhaux (1879-1954), ancien syndicaliste révolutionnaire, secrétaire général de la C.G.T. française en 1914, s’était rallié à l’union sacrée au premier jour de la guerre. Après cette dernière, il avait riposté par la scission à la montée des révolutionnaires dans son organisation.

[2] « Genève » désigne ici la Société des nations (SDN) qui avait son siège dans cette ville suisse.

[3] Le 14 octobre 1933, en annonçant le retrait de l’Allemagne de la SDN, Hitler avait proposé dans un grand discours une limitation des armements, tout en annonçant qu’au cas où un accord ne serait pas conclu l’Allemagne porterait de 100 000 à 300 000 les effectifs de son armée et créerait une force aérienne. Depuis, les informations s’accumulaient sur le réarmement allemand.

[4] James Ramsay MacDonald (1866-1937) avait été l’un des fondateurs de l’I.L.P., puis le principal dirigeant du Labour Party. Pacifiste en 14-18, il avait été à deux reprises premier ministre après la guerre avec le soutien du parti libéral. En 1931, il avait choisi, contre son propre parti, d’appliquer le programme économique des banques et du parti conservateur. Désavoué et exclu, il avait dissous les Communes, et, représentant d’un groupuscule de « socialistes nationaux », dirigeait un gouvernement d’« union nationale » appuyé sur les conservateurs.

[5] Les pourparlers traînaient en longueur, mais allaient quelques semaines plus tard aboutir à la création du « Commonwealth des Philippines ».
[
6] Il s’agit de l’accord du 16 novembre 1933 conclu au terme du voyage de Litvinov, commissaire du peuple aux affaires étrangères d’URSS, à Washington.

[7] L’URSS avait signé le 2 septembre 1933 un traité de non-agression avec l’Italie, et en 1932 avec la Pologne.

[8] Robert Grimm (1881-1958), dirigeant du P.S. suisse, pacifiste-centriste pendant la guerre, avait été l’un des animateurs de l’U.P.S. (Internationale 2 1/2) avant de revenir en 1923 avec son parti à la Deuxième internationale.

[9] L’exemple le plus classique du « défaitisme » des classes dirigeantes expropriées est évidemment celui des nobles français émigrés qui tentèrent pendant la révolution et l’Empire de revenir en France « dans les fourgons de l’ennemi ». Mais on est également frappé du nombre de Russes blancs qui devaient combattre, à partir de 1941, dans les rangs des unités « russes » de l’armée allemande -parmi eux le général Turkul qui avait entrepris au début des années trente d’assassiner Trotsky.

[10] Rosa Luxembourg (1871-1919), née en Pologne, avait milité dans son pays, puis en Suisse et enfin en Allemagne où elle était le chef de file de la gauche du parti social-démocrate allemand. Dès août 1914, elle tenta d’organiser la résistance à la politique d’union sacrée. Le texte cité est extrait de son article sur « La reconstruction de l’Internationale » paru dans le numéro 1 de la revue Die Internationale en mars 1915.

[11] La dynastie des Hohenzollern régna d’abord sur la Prusse, puis sur l’Empire allemand à partir de 1871, jusqu’à l’abdication de Guillaume II en novembre 1918. Les social-démocrates allemands avaient préconisé et pratiqué l’union sacrée pour la défense de l’Empire des Hohenzollern depuis 1914.

[12] Otto Wels (1873-1939) avait été l’un des chefs de file de l’aile social-chauvine du parti social-démocrate allemand, puis son « homme fort » contre la révolution de 1918-19 à Berlin. Les socialistes français et belges l’avaient pour ainsi dire « amnistié » de ses attaques contre la Belgique et la France lorsqu’ils s’étaient prononcés après la guerre pour le rétablissement de la Deuxième Internationale.

[13] Allusion au fait que la révolution allemande de novembre 1918 avait abouti à la chute de l’empire et à la république dont la Constitution devait être élaborée en 1919 à Weimar ; de même, la révolution de 1918 amena la chute de la dynastie des Habsbourg en Autriche-Hongrie et la naissance d’un certain nombre de républiques nationales.

[14] Trotsky énumère ici des hommes divers mais d’accord sur l’essentiel. Léon Blum (1872-1950) était depuis la scission de Tours le maître à penser du parti socialiste S.F.I.O. et l’éditorialiste du Populaire. Hendrik De Man (1885-1953) avait élaboré le « Plan du Travail » qui avait été adopté en décembre 1933 par le congrès du parti ouvrier belge. Martin Tranmael (1879-1967), ancien syndicaliste révolution-naire, dirigeant du parti ouvrier norvégien (D.N.A.) depuis 1918, l’avait conduit à la Troisième Internationale en 1919 et la lui avait fait quitter en 1923 ; il était en train de préparer son retour à la Troisième Internationale. Otto Bauer (1881-1938) était le dirigeant et principal théoricien du parti social-démocrate autrichien, et symbolisait l’« austro-marxisme ».
[
15] Le S.A.P., formé en 1931 à la suite d’une scission à gauche dans le parti social-démocrate allemand, était dirigé depuis janvier 1933 par d’anciens communistes de l’opposition de « droite » (brandlérienne), notamment Jakob Walcher. L’O.S.P. s’était formé en 1932 à la suite de la scission de l’aile gauche du parti social-démocrate hollandais, dirigée par J. De Kadt et P.J. Schmidt. Ces deux partis avaient signé en août 1933, avec le R.S.P. et l’Opposition de gauche, la « déclaration des quatre sur la nécessité et les principes de la nouvelle Internationale ». Mais ils avaient ensuite refusé de s’engager dans la construction de la Quatrième Internationale et étaient demeurés membres du regroupement international de l’I.A.G. que dirigeait le « bureau de Londres », et dont faisait également partie l’Independent Labour Party (I.L.P.) britannique. Jean Zyromski et Marceau Pivert étaient les dirigeants de la gauche socialiste qui venait d’apparaître. Jean Zyromski (1890-1975), employé à la préfecture de Paris, était le principal dirigeant de la tendance de gauche La Bataille socialiste, et secrétaire de la fédération S.F.I.O. de la Seine. Marceau Pivert (1895-1958), professeur, était l’autre animateur de cette tendance et secrétaire adjoint de la fédération. Ces deux hommes -entre lesquels on ne pouvait encore déceler aucune divergence de taille- avaient joué un rôle important dans la marche vers l’unité d’action entre P.C. et S.F.I.O. du fait de leurs positions politiques et de leurs fonctions.

[16] La question de l’entrée de l’URSS dans la SDN était virtuellement posée par le début de son rapprochement avec la France, marqué par les voyages à Moscou des radicaux Herriot et Pierre Cot en 1933. Litvinov avait démenti en décembre 1933 les rumeurs en ce sens mais, en mars 1934, le gouvernement soviétique avait sondé sur ce point Londres et Paris.
Le ministre Barthou avait formellement suggéré à Litvinov l’entrée de l’URSS à la SDN La question allait être réglée positivement par l’admission de l’URSS le 10 septembre suivant.

[17] Pendant la période de montée du nazisme, la propagande communiste avait repris à son compte quelques-uns des thèmes du parti nazi, et notamment des expressions comme « révolution populaire » et « libération nationale », se livrant à une sorte de surenchère sur le terrain même des nazis.

[18] Jusqu’en août 1933, le K.P.D. avait défendu le mot d’ordre du rattachement de la Sarre à l’Allemagne où les nazis étaient pourtant au pouvoir depuis janvier. En août, il avait lancé le mot d’ordre de « Sarre rouge dans une Allemagne des conseils », peu explicite quant à l’attitude à adopter lors du plébiscite prévu. Un militant de l’Opposition de gauche, Karl Gröhl, dit Karl Friedberg (né en 1896), raconte dans ses mémoires (Karl Retzlaw, Spartakus, pp. 328 sq) qu’on enregistra alors plus de 800 démissions du parti en Sarre. Il prit l’initiative d’une lettre ouverte de protestation qui obligea le parti à effectuer un tournant.

[19] Hermann Müller-Franken (1876-1931), dirigeant social-démocrate allemand, avait été chancelier à la tête d’un gouvernement de « grande coalition » (social-démocrates, centre catholique, partis démocrate et populaire, représentants de la grande bourgeoisie) de 1928 à mars 1930. Il avait été remplacé par Heinrich Brüning (1885-1970), ancien syndicaliste chrétien, leader du centre catholique, qui avait mené jusqu’en 1932 une politique d’austérité et de déflation. Le K.P.D. avait qualifié ces deux gouvernements de « fascistes ».

[20] L’Internationale syndicale rouge ou Profintern avait été fondée en 1921 face à la fédération syndicale internationale d’Amsterdam. Depuis le début de la « troisième période », elle était l’un des éléments capitaux dans la politique de l’I.C. de scission des syndicats de masse et de constitution de « syndicats rouges » généralement très minoritaires.

[21] Le congrès d’Amsterdam contre la guerre avait eu lieu en juin 1932.

[22] Le congrès de Paris contre le fascisme avait eu lieu à la salle Pleyel en juin 1933.

[23] Grigori M. Potemkine (1739-1791) était favori et ministre de l’impératrice Catherine II. En 1778, lors de la visite de l’impératrice en Crimée, il avait fait construire de faux villages pour lui donner l’impression de la prospérité.

[24] Le romancier pacifiste, biographe de Jésus et de Staline, Henri Barbusse (1873-1935) était la figure de proue des congrès internationaux qu’organisait pour le compte de l’I.C. l’Allemand Willy Münzenberg (1889-1940), ancien dirigeant des jeunesses, puis du secours international et dirigeant du « trust » de la presse et du cinéma qu’on appelait de son nom. Il avait organisé les deux congrès (Amsterdam et Paris) et donné vie au « mouvement Amsterdam-Pleyel ».

[25] Le parti socialiste révolutionnaire russe, dans la tradition et la ligne politique du populisme (narodniki), avait été fondé en 1902.

[26] L’internationale paysanne, ou Krestintern, avait été fondée en octobre 1923. Elle avait remporté un succès en juin 1924 avec l’adhésion du parti paysan croate de Stefan Radic et disparu sans phrases dès 1925.

[27] La formule de la « paix civile » avait été adoptée comme synonyme de « trêve politique et sociale » dans l’« union sacrée » avec l’entrée en guerre de l’Allemagne en août 1914 par le parti social-démocrate et les syndicats.

[28] Karl Liebknecht, (1871-1919), fils d’un des fondateurs du parti social-démocrate allemand, Wilhelm Liebknecht, avocat, ancien dirigeant des jeunesses et député au Reichstag, après s’être incliné par discipline devant la politique d’union sacrée en août 1914 en votant les crédits de guerre, avait décidé de violer cette discipline et de voter contre ces crédits en décembre de la même année. Cette initiative avait ouvert à long terme la perspective de la scission du parti social-démocrate : Liebknecht avait été en janvier 1919 l’un des pères du jeune parti communiste. Organisateur des jeunesses et de l’action antimilitariste, il était un des symboles du courant révolutionnaire dans le parti avant 1914 et fut avec Rosa Luxemburg l’un des organisateurs de l’opposition à la guerre et à l’union sacrée dès août 1914. C’est en mai 1915 qu’il avait rédigé le tract célèbre dont le titre était : « Der Hauptfeind steht im eigenen Land » (L’ennemi principal est dans notre propre pays).

[29] Les partis social-démocrates d’Autriche et d’Allemagne avaient tous deux défendu la ligne de l’appel aux autorités de l’Etat contre l’action des bandes armées fascistes, et avaient l’un et l’autre été abattus par la conjonction de ces bandes et de l’Etat.

[30] Dans la soirée du 6 février 1934, c’est place de la Concorde à Paris, en face du Palais-Bourbon, que s’étaient produits les accrochages les plus sévères entre forces de l’ordre et manifestants rassemblés à l’appel de l’extrême droite -les « ligues »- et des organisations d’anciens combattants, y compris l’A.R.A.C., dirigée par le P.C.

[31] Matvei K. Mouranov (1873-1959), bolchevik depuis 1903, était en 1914 député à la Douma. Lev B. Rosenfeld, dit Kamenev (1883-1936), militant depuis 1901, beau-frère de Trotsky, dirigeait, en 1914, la fraction parlementaire et la Pravda.

[32] Le 15 mars 1917, la Pravda, qui venait d’être reprise en main par Staline et Kamenev, de retour de déportation, écrivait : « Tout "défaitisme", ou, plus exactement, ce qu’une presse peu délicate, sous la surveillance de la censure tsariste, stigmatisait de ce nom, est mort au moment où, dans les rues de Petrograd, s’est montré le premier régiment révolutionnaire. »

[33] Dans son Staline, Trotsky cite l’intervention de Staline à la conférence du parti bolchevique en mars 1917 pour la réunification formelle entre bolcheviks et mencheviks.

[34] Allusion à la dure bataille politique livrée par Lénine pour faire adopter dans le parti ses fameuses thèses d’avril, qui allaient précisément contre la ligne menée sous l’impulsion de Staline et Kamenev.

[35] C’est l’opposition de Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht qui fut le premier signe de la résistance à l’union sacrée et rassembla les premiers éléments qui devaient aboutir, quatre années et demie plus tard, à la naissance du parti communiste d’Allemagne.

[36] L’incendie du Reichstag, dans la nuit du 26 au 27 février 1933, avait vraisemblablement été allumé par les nazis eux-mêmes. On sait qu’il servit de prétexte à la mise hors la loi du K.P.D. auquel le gouvernement l’attribua aussitôt, prétendant qu’il s’agissait d’un signal... pour le soulèvement armé ! Les récits des réfugiés communistes confirmaient tous le profond désarroi des dirigeants du parti communiste au cours de cette nuit historique, et leur impuissance devant le sort prévisible qu’ils n’avaient pas prévu et qui les frappait pourtant.

[37] La décision de l’Opposition de gauche internationale de ne plus se considérer comme une « fraction » de l’I.C. s’était accompagnée en juillet 1933 d’un tournant vers les « organisations socialistes de gauche », dont deux, le S.A.P. et l’O.S.P., avaient signé la déclaration des quatre.

[38] C’étaient là ce que disaient précisément les dirigeants de l’O.S.P. et du S.A.P. qui, après avoir signé en août 1933 la déclaration des quatre, avaient ensuite refusé de s’avancer plus loin dans la voie de la construction de la nouvelle Internationale.

[39] Selon le témoignage de Bauer et de Leonetti, la dernière partie de ce texte avait fait l’objet d’une âpre polémique dont nous n’avons pas retrouvé de trace écrite directe. Bauer reprochait à Trotsky de prendre trop de distance vis-à-vis de la position du « défaitisme révolutionnaire », au nom de la « défense de l’URSS ». Selon Bauer et Leonetti, Trotsky aurait finalement fait les concessions nécessaires. On rencontre un écho de ce débat dans une lettre de Bauer qui a été retrouvée dans les archives d’Abern (Bibliothèque d’Histoire sociale, New York) et qui date de septembre 1934.