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Les municipales, LO et la LCR : une tempête dans un verre d’eau tiède

mercredi 12 mars 2008, par Yves

23 mars 2008

Suite à la parution d’un article intitulé « Mais que font les trotskystes ? » dans Courant alternatif, mensuel de l’Organisation communiste libertaire, un débat s’est engagé sur Internet à propos de l’initiative de la LCR et de son Nouveau Parti Anticapitaliste mais aussi du dernier tournant de LO en matière de tactique électorale.

Il est dommage que cet article et ce débat ne tiennent pas compte du numéro de Critique communiste de décembre 2007 où des conseillers municipaux de la LCR évoquent leur expérience institutionnelle. En lisant leurs articles, on ne comprend absolument pas en quoi leur participation à des conseils municipaux a vraiment aidé la population à gagner ne serait-ce que quelques conquêtes (de la non-construction d’un incinérateur dans une ville à la construction d’une crèche dans une autre – en l’espace de dix ans !). Les conseillers municipaux de la LCR montrent eux-mêmes que tout dépend de la mobilisation À L’EXTERIEUR des conseils municipaux. De plus, il y a une certaine hypocrisie de leur part à proclamer fièrement leur indépendance vis-à-vis de la gauche pourrielle : « Nous on ne vote pas le budget municipal » du PS, puis à le voter par tranches (à 80 % selon ces mêmes conseillers municipaux de la LCR).

Sur ce dernier point, LO a une approche encore plus cynique puisqu’elle a apparemment accepté à l’avance de voter les budgets présentés par la gauche dans les 66 villes où elle s’est présentée sur des listes d’union (1) dont 38 dirigées par le PCF, 27 par le PS, une par le MRC (les chevènementistes). Elle admet que les « équipes municipales n’ont certes pas le pouvoir de contrecarrer la politique de l’État, et encore moins celle du patronat, mais elles peuvent dans une certaine mesure en atténuer les effets (2), en facilitant la vie des travailleurs plutôt que systématiquement celle des patrons. Elles peuvent aussi aider à l’organisation et aux luttes des travailleurs. » On prendrait davantage Lutte ouvrière au sérieux si elle précisait en quoi ses conseillers municipaux ont « atténué les effets » de la politique de l’Etat, ou en quoi ils ont renforcé les luttes à partir de leur position au sein des municipalités. Mais, prudente, elle ne s’aventure pas sur ce terrain glissant et se contente de proclamer vouloir « battre la droite », comme nous le serinent la LCR, le PS et le PCF à chaque élection, avec le brillant résultat que l’on connaît quand la gauche accède au pouvoir local, ou national.

Qu’est-ce qui a changé depuis 2001 ?

Rappelons à ce propos ce que déclarait LO au soir des municipales de 2001 : « Pour nous, c’est un résultat extrêmement significatif de la déception d’une partie importante des classes populaires envers la politique d’un gouvernement qui se dit de gauche. Là où nous pouvons nous présenter au deuxième tour (quelques cas au moins), nous nous maintiendrons. Là où nous ne pouvons pas, nous n’appellerons en aucun cas à voter pour la gauche gouvernementale car les travailleurs ont été bien assez trompés depuis 1981. L’Humanité, dans une de ses premières pages de la semaine dernière, annonçait que les entreprises françaises avaient fait des bénéfices fabuleux au cours de l’année 2000. Mais c’est au détriment du monde du travail qu’elles l’ont fait et couvertes par le gouvernement socialiste-communiste. »

Rappelons aussi que les conseillers municipaux de Lutte ouvrière refusaient de serrer la main à leurs collègues socialistes, au grand scandale de ceux-ci qui considéraient ce comportement comme digne d’une « secte » (comme l’affirmaient, il y a quelques mois, des dirigeants du PS tels que Valls et Moscovici, lors d’une émission de télévision). Avec le nouveau tournant de LO, on suppose que les militants de cette organisation serrent désormais la paluche des socialos qu’ils traitaient hier comme des ennemis de classe. Cela prouve le peu de consistance et de sérieux de leur attitude précédente, mais aussi, ce qui est plus inquiétant, leur docilité et leur manque d’esprit critique à l’égard des revirements brusques décidés par leur direction.

Sur le fond, on ne voit guère ce qui a changé depuis 2001.

1) Les entreprises ont continué à faire des « bénéfices fabuleux » pour reprendre le vocabulaire consternant de LO (à partir de quel niveau la plus-value devient-elle « fabuleuse » ?).

2) Ni le PS ni le PCF n’ont lutté pour les exproprier entre 2001 et 2008 et elles n’ont aucunement l’intention de le faire au cours des 7 années suivantes.

3) Quant aux travailleurs, une bonne partie d’entre eux votaient déjà (sans illusions) pour le PCF et le PS en 2001 et ne comprenaient (ou ne partageaient pas) la position de Lutte ouvrière consistant à refuser de voter pour la gauche.

Donc, soit LO mentait aux travailleurs en 2001 (et faisait le jeu de la droite et des patrons au détriment des partis de gauche qui défendaient alors les intérêts des travailleurs), soit elle ment aujourd’hui en prétendant pouvoir « faciliter la vie des travailleurs » ( ?!) en concluant des alliances électorales avec le PS et le PCF.

Quels sont les objectifs des trotskystes ?

En fait, l’objectif actuel des trotskystes est simple et beaucoup plus prosaïque que leurs justifications alambiquées et contradictoires. La LCR ne le dit pas clairement car ses capacités d’organisation ont toujours été faiblardes (comme en témoignent ses difficultés financières perpétuelles depuis 40 ans), mais LO le formule très explicitement dans ses articles.

Il s’agit d’abord pour ces organisations de se renforcer ; notamment en recrutant des militants, y compris en en piquant au PS et surtout au PCF (mais, sur ce plan-là, les progrès sont infinitésimaux, si l’on fait le bilan de leurs 80 ans d’existence indépendante du stalinisme et de la social-démocratie).

« Défendre les valeurs du mouvement ouvrier », oui mais lesquelles ?

Il est intéressant à ce propos de citer ce que LO écrit dans La Lutte de classe de mars 2008 : « Et par les temps qui courent, où le recul du nombre de militants politiques, dans les quartiers populaires fait régresser les idées et les valeurs du mouvement ouvrier, la solidarité et la conscience de classe, il est important que, partout où faire se peut, ces idées soient de nouveau affirmées. » Arrêtons-nous une seconde sur cette stupéfiante révélation : LO défendrait donc les valeurs du mouvement ouvrier pendant les élections !!! Quelles valeurs ?

L’expropriation de tous les patrons, que leurs profits soient « fabuleux » ou pas ? l’occupation immédiate de tous les logements vides ? l’arrêt immédiat de toutes les productions polluantes ou meurtrières ? la dissolution de la police et de l’armée ? la légalisation de tous les sans-papiers ? la suppression de tous les travaux socialement inutiles (des contrôleurs du métro et du bus à l’industrie publicitaire) ? la réduction radicale de la journée de travail ? l’arrêt du nucléaire et la sortie progressive d’une économie fondée sur l’automobile et le pétrole ? la suppression des prisons ? la gratuité totale des soins médicaux et dentaires ? la restructuration de toute la production agricole européenne pour permettre à l’humanité de liquider la question de la faim dans le monde ? la création d’un programme de collaboration technologique et éducative avec les pays du tiers monde pour permettre à ceux-ci de sortir de la misère et du sous-développement dans les plus brefs délais ?

Soyons sérieux, lors de ses campagnes électorales, LO (tout comme la LCR) ne présente qu’un programme syndical minimum (à l’exception du prétendu « contrôle des livres de comptes » qui est inapplicable dans le cadre du système capitaliste, et équivaudrait à la suppression des banques et de tout le système bancaire, ce que ne défendent pas les trotskystes dans les médias), dans un cadre purement franco-français, sans envisager une seconde comment pourrait fonctionner une autre société à l’échelle européenne et encore moins mondiale.

Lutte ouvrière veut devenir le SOS-Amitié des « ex-militants » et des « communistes » trop timides pour s’afficher

Mais continuons notre édifiante lecture : « C’est une façon de redonner courage à ceux qui ont cessé de militer ou ceux qui voudraient bien militer mais qui, se sentant isolés, ne voient pas comment ils pourraient le faire. »

On ne comprend pas bien quel est – comme disent les publicitaires – le « cœur de cible » de LO : ce n’est certainement pas ses ex-militants, car, sur le plan électoral, ils ne constituent pas un réservoir numériquement intéressant et que LO a plutôt tendance à traiter ses « ex » comme des chiens crevés. Il ne s’agit sans doute pas des ex-militants d’extrême gauche ou libertaires (dont le nombre est déjà plus significatif, si l’on additionne tous ceux qui ont passé quelques années dans ces groupes depuis 40 ans), car LO n’a jamais défini la moindre stratégie vis-à-vis de ces derniers et on doute qu’ils soient subitement séduits par LO. Si l’on se place d’un point de vue électoral et électoraliste, on peut donc supposer (car LO ne nous le dit pas) qu’il s’agit des ex-militants ouvriers du PS, du PCF ou des syndicats dits de gauche. Donc de gens politiquement très modérés et qui d’ailleurs, comme les « ex » gauchistes des années 60 et 70 ont généralement 50 ans et plus.

En admettant même l’intérêt de cette stratégie électorale, on ne voit pas en quoi le fait, pour ces « ex », de mettre un bulletin dans l’urne aurait le moindre impact sur eux et les pousserait à « reprendre du collier ». Quant à ceux qui se sentent « isolés », les pauvres, eh bien, ils n’ont qu’à se remuer un peu et à rejoindre tel ou tel combat, y compris en dehors de leur lieu de travail, s’ils craignent ou risquent de se faire licencier. Ce ne sont pas les causes qui manquent, des « sans-papiers » aux « mal-logés » et aux SDF, en passant par les fermetures d’entreprises, les licenciements collectifs, les bavures racistes, les discriminations à l’embauche, la répression contre les mouvements étudiants et lycéens, et même les multiples causes écologiques. En tout cas, s’il y a des jeunes travailleurs (ou des moins jeunes) qui meurent de trouille devant leurs chefs et leurs patrons, on voit mal en quoi le bulletin de vote de LO changera quelque chose à leur peur !

Et LO de conclure sa brillante démonstration : « Cela permet aussi d’associer à cette présence politique des femmes et des hommes qui, sans vouloir militer pour autant, sont fiers de leurs idées communistes et tiennent à les affirmer. »

Ah ! LO se présente donc aux élections pour donner du courage aux déçus, aux démoralisés, aux grands timides, aux partisans mollassons du « communisme » ! Difficile d’imaginer un programme plus enthousiasmant !

Les explications de LO, si elles ne sont pas convaincantes, ont au moins un mérite : ce groupe ne nous sert pas des raisonnements alambiqués et pseudo-radicaux comme la LCR pour justifier son opportunisme électoral au nom d’un « guévarisme » introuvable et de fumeuses idées « libertaires » ! Avec LO, on sait à quoi s’en tenir et on comprend ainsi un peu mieux le contenu populiste de ses affiches.

Le véritable but des trotskystes
est de conquérir l’appareil d’Etat

Néanmoins, il faut aller plus loin dans l’analyse car les trotskystes ne se présentent pas simplement pour renforcer leur audience électorale. Il s’agit surtout, pour LO et la LCR, de conquérir progressivement l’appareil d’Etat (ce qu’ils appellent dans leur jargon creux « construire un rapport de forces » ou « disposer de points d’appui » !).

Il ne s’agit plus pour les trotskystes de « faire de la propagande pour les idées révolutionnaires », ça c’était bon pour les années 70, et encore de façon très ambiguë (cf. le n° 21-22 de Ni patrie ni frontières et notre dossier sur la politique électorale de l’extrême gauche durant les années 1968-1988). Aujourd’hui, il s’agit de conquérir progressivement l’appareil d’Etat.

C’est pour cela que l’on a retrouvé un ministre trotskyste de la Réforme agraire au Brésil, qu’il y a là-bas des maires trotskystes. C’est pour cela que le gouvernement Prodi était soutenu par le PRC (Rifondazione comunista) qui lui-même comptait dans ses rangs les amis de la LCR. Ces derniers ont eu beau faire du scandale à l’intérieur du PRC et même au Parlement, de fait ils ont cautionné par leur présence au sein du PRC la politique du gouvernement Prodi. Certes, ils ont fini par décider de sortir du PRC italien (comme cela été le cas au Brésil après plusieurs années de collaboration éhontée avec la bourgeoisie), et il est probable qu’ils se feront un jour exclure de Die Linke en Allemagne ou qu’ils en partiront. Et certes, ils affichent des intentions « anticapitalistes » louables, même si on a du mal à percevoir la cohérence entre ces intentions proclamées et leur applications pratiques.

Un constat d’impuissance non assumé publiquement

Mais en réalité, les trotskystes de la LCR font un constat d’impuissance, que l’on pourrait résumer ainsi mais qu’ils n’osent pas formuler aussi clairement : « Puisqu’on ne peut plus croire à la prise du Palais d’Hiver (à une insurrection armée type Octobre 1917 dirigée par un Parti trotskyste), alors nous allons nous livrer à des expériences. Nous noyer dans un parti aux frontières floues (comme le Partido dos trabalhadores au Brésil, Rifondazione Comunista en Italie ou Die Linke en Allemagne) ou le créer de toutes pièces (cf. le Nouveau parti anticapitaliste que souhaite créer la LCR d’ici la fin de l’année 2008) ; puis conquérir peu à peu l’appareil d’Etat par en bas (d’où l’idéalisation du pouvoir communal), puis nous verrons bien ce qui se passera... En attendant un hypothétique Grand Soir, nos élus se feront connaître et reconnaître, nous apprendrons bien des choses sur le fonctionnement de l’administration, de l’Etat, des entreprises, et si cela pète un jour, nous mettrons notre savoir et notre expérience au profit du mouvement social, voire de la Révolution » (mais la Révolution ils n’en parlent plus, même dans leurs meetings).

Le hic, avec ce raisonnement, c’est que c’était déjà celui des socialistes français au XIXe siècle et celui qu’ont tenu tous les sociaux-démocrates, puis les partis staliniens au XXe siècle, dans tous les pays. « Ne vous inquiétez pas, nous ne perdons pas de vue notre but final (le socialisme), mais en attendant nous serons plus efficaces pour imposer des réformes en étant à l’intérieur de l’Etat qu’à l’extérieur. »

C’est ainsi que le PCF de Paris expliquait, pendant la dernière campagne, que ses deux grandes victoires en participant à la majorité municipale de Delanoe dans la capitale ont été 1) le test gratuit pour détecter un éventuel cancer colorectal (test qui n’a qu’une valeur indicative et nécessite toute une batterie d’examens complémentaires, ce que cache le PCF) et 2) le doublement du nombre de logements sociaux (de 3000 à 6000) – quand on sait qu’entre 70 et 100 000 personnes attendent des logements sociaux à Paris et que ce nombre augmente chaque année, se targuer de ce genre de « victoire » est d’un cynisme écœurant.

Il est à craindre que la LCR (ou LO si elle daigne un jour informer ses électeurs de la stupéfiante efficacité de ses 33 conseillers municipaux depuis 2001) ne nous présente ce genre de « bilan positif » bidon dans 7 ans. Car c’est inévitable : on ne peut se présenter régulièrement aux élections sans donner aux électeurs des raisons concrètes et précises de voter pour soi.

La LCR et LO critiquent certes vertement le PS (et parfois le PCF) au premier tour, mais cette année ils ont fait voter contre la droite (donc pour la gauche pourrielle) au second, comme d’ailleurs ils l’ont fait aux dernières présidentielles. Ils agissent en tant que simples aiguillons critiques, pas en tant qu’opposition ayant un autre programme.

Il suffit de lire leurs programmes électoraux ou leurs affiches insipides, LO gagnant sans doute l’oscar de l’apolitisme avec son « Donnez une gifle à Sarkozy », pas loin devant la « claque dans la gueule du gouvernement » que prônait Besancenot….!

La LCR, une politique tout aussi électoraliste que celle de LO !

La LCR se contente de se battre pour la « défense des régimes de retraite, l’augmentation des salaires et des minimas sociaux et le rejet des licenciements ». Rien qui tranche avec les propos démagogiques que peuvent tenir le PS ou le PCF quand ils veulent se donner un visage radical.

D’ailleurs, lors de ces dernières élections municipales, la LCR s’est alliée soit avec le PCF soit avec la gauche dite antilibérale, soit avec les Alterekolos, qui n’ont aucune intention de se débarrasser du capitalisme, mais seulement de le réformer en améliorant sa gestion : « Sur les 200 listes présentées ou soutenues par la LCR, elle ne s’est présentée seule que dans environ 80 communes. Dans 50 villes, elle a présenté une liste commune avec les collectifs antilibéraux ou la gauche alternative (…). Dans 30 cas, elle s’est présentée avec le PCF local, contrairement à la ligne nationale du PCF (.). Neuf listes ont été présentées avec les Alterékolos (…), 13 listes ont été décrites comme « unitaires » sans autre précision, 11 listes ont été présentées avec des groupes alternatifs locaux (…) » [cf. le bulletin n°9 de Socialisme international, l’un des courants de la LCR]. Il est donc clair que son projet est tout aussi électoraliste que celui de Lutte ouvrière.

Interrogé sur A2 le dimanche 9 mars sur la question de savoir si la LCR avait vocation à devenir une force municipale, Olivier Besancenot a répondu : « Oui, je l’espère » comparant les conseillers municipaux élus par toutes les classes sociales à des « délégués du personnel au sein des institutions municipales » ! Et il a d’ailleurs repris cette comparaison avec les DP dans toute une série de déclarations. D’une part, il n’est pas certain que la majorité des électeurs sachent ce qu’est exactement un délégué du personnel, ni, s’ils le savent, qu’ils aient une grande confiance en ce type de représentants. Avec cette comparaison, Besancenot ne s’adresse qu’à une petite partie des salariés qui connaissent des délégués du personnel vraiment battants. Mais le problème est plus grave. Si la LCR ne sait pas faire la différence entre un délégué du personnel élu par les ouvriers (ou les employés) d’une entreprise et un conseiller municipal éligible par n’importe quel électeur d’une commune (quelle que soit son appartenance de classe), c’est qu’effectivement son objectif est bien de conquérir l’Etat.

Il est certes positif de s’interroger sur ce « que font les trotskystes », comme l’a fait l’OCL dans son article de février 2008, malheureusement ils font grosso modo toujours la même chose :
-  chercher des recettes pour se trouver de l’oxygène politique,
-  construire leurs petits appareils avec des méthodes plus (LCR) ou moins (LO, PT) démocratiques,
-  essayer de piquer des militants au PCF et au PS (voire en détacher des fractions),
-  récolter de l’argent de l’Etat (n’oublions pas que les sommes accordées à ces groupes en fonction du nombre de voix récoltées permettent de payer le matériel de propagande de ces organisations et se chiffrent à des centaines de milliers d’euros)
-  et surtout, lors des élections, ramener les électeurs des classes populaires qui sont écœurés de la gauche pourrielle vers le PCF et le PS pour « faire barrage à la droite »... tous ensemble dans les urnes.

Les trotskystes sont dans une impasse politique qu’ils ont délibérément choisie par opportunisme congénital et manque total d’imagination politique. On peut observer leurs gesticulations électorales ou partidaires avec sympathie et même une certaine empathie, mais on doit garder à l’esprit le cadre intellectuel, « programmatique » comme ils disent, dont ils sont prisonniers. Et dans ce domaine-là il n’y a pas de place pour une opposition frontale à l’Etat, aux bureaucraties des syndicats et des partis. Il y a seulement de la place pour des critiques limitées, au ton démagogique et populiste, des compromis permanents, justifiés avec un langage de moins en moins radical.

La LCR déploie un rideau de fumée quand elle déclare vouloir construire un parti « anticapitaliste ». Elle « oublie » tout simplement que le capitalisme repose sur au moins 3 autres piliers que la seule entreprise privée. Le capitalisme repose notamment sur :

- l’Etat que les trotskystes veulent cogérer avec la gauche pourrielle en partant des municipalités ; ils se gardent bien de nous dire comment demain ils réquisitionneront les logements vides, instaureront la gratuité des transports, des cantines scolaires, ou empêcheront les patrons de fermer les usines ou de licencier, même s’ils étaient majoritaires dans quelques dizaines de conseils municipaux ;

– les médias, dont Laguiller et Besancenot n’attaquent jamais publiquement le fonctionnement, où ils n’exposent jamais leur programme socialiste ou communiste, où ils cautionnent par leur présence des émotions « people » lamentables (de plus ils acceptent que les médias tronquent leurs propos, censurent ce qui est le plus politique pour ne garder que les considérations les plus télévisuelles et superficielles – cf. à ce sujet l’article de Johann Colin (« Un portrait médiatique d’Olivier Besancenot en personnage médiatique » qui décortique bien, sur le site Acrimed, comment la télévision affadit l’image de Besancenot mais n’en tire aucune conséquence politique quant à la présence des révolutionnaires dans ce type de médias. Même Bourdieu – un des maîtres à penser d’Acrimed et qui n’était pas un révolutionnaire – avait compris qu’on est toujours manipulé par la télévision) ;

– et les syndicats où ils cherchent à grimper dans l’appareil (LCR) ou à faire fonctionner les sections syndicales de base (LO) en refusant de réfléchir et d’agir pour dépasser ces structures d’intégration capitalistes.

Tant que les trotskystes n’avanceront pas sur ces questions élémentaires (et sur bien d’autres aussi, d’ailleurs) on ne voit pas bien en quoi leurs péripéties organisationnelles pourraient ouvrir de nouvelles perspectives aux combats des sans-papiers, des chômeurs, des travailleurs salariés et de tous les exploités.

Y.C.

(mis en ligne le 18/2/2008 puis modifié les 12 et 23 mars 2008)

1. Il est amusant, alors que Lutte ouvrière s’est présentée sur des listes d’union (de la gauche) dans 66 cas sur 117, qu’elle écrive que ses candidats aient été « dans la majorité des cas » (sic) sur des listes LO. (cf. Lutte de classe n° 111, mars 2008)

2. Ségolène Royal, quant à elle, parle de « réparer les dégâts nationaux au niveau des régions ». On n’est pas très loin du discours de LO en période électorale

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« Le Monde »… à l’envers : quand un journaliste bourgeois démolit les bases de l’électoralisme trotskyste

À l’heure où l’Etat central français se décharge d’une partie de ses responsabilités pour les confier aux régions, voire aux municipalités, les trotskystes se mettent au service des édiles locaux pour renforcer la base de l’Etat bourgeois et les illusions sur sa fonction « sociale » ou neutre de « service public » (ou plutôt de sévices publics). LO et la LCR veulent à la fois renflouer les municipalités et exiger de l’Etat qu’il « joue son rôle ». C’est ainsi, par exemple, qu’ils exigent

- la municipalisation de l’eau (comme si les tarifs des services publics n’augmentaient pas tous les ans),

- le refus des subventions aux entreprises qui licencient et font des profits « fabuleux » (comme si les communes, dans le cadre du système capitaliste, pouvaient attirer des entreprises en ne leur faisant aucun cadeau),

toutes mesures qui, même si elles pouvaient avoir un effet légèrement positif (ce qui reste à démontrer), n’exigent nullement d’avoir des élus municipaux trotskystes. Seule une mobilisation locale massive pourrait obliger les conseils municipaux à s’affronter aux patrons privés… ce qui aboutirait rapidement à vider les caisses de la commune !

Pour le moment, les trotskystes français constituent une force municipale ridicule (une centaine d’élus) et inexistante sur le plan parlementaire. En 80 ans, ils n’ont même jamais atteint le niveau atteint par le PSU dans les années 60 et 70 avant de se fondre dans le PS. Néanmoins, depuis 30 ans, ils ne font que renforcer les illusions électoralistes en se présentant au suffrage universel.

Jean-Louis Andréani, dans Le Monde du 19 mars 2008, sous le titre « Contre-pouvoir local ou bouclier ? » rappelle à quel point les régions et les municipalités ont les mains liées par le pouvoir central. Si son article concerne uniquement le PS, il s’appliquerait tout autant aux trotskystes, si ceux-ci avaient une position de force dans les institutions. C’est pourquoi nous reproduisons en grande partie les arguments d’Andréani dans les citations ci-dessous.

Au niveau des régions, même si les trotskystes, par miracle, détenaient une présidence de région, longue est la liste de ce qu’ils ne pourraient pas faire. Ils ne pourraient :

- ni « changer la politique judiciaire » (dont on sait à quel point elle est favorable aux patrons et aux propriétaires),

- ni « intervenir sur la répartition ou la pression fiscale des impôts nationaux » (qui saignent les travailleurs),

- ni « toucher au montant du SMIC ou aux caractéristiques du contrat de travail » (droit du travail qui est en train d’être profondément modifié au bénéfice des patrons),

- ni « modifier les critères d’attribution du RMI ou des allocations chômage »,

- ni « revenir sur l’instauration d’une franchise médicale pour les patients »,

- ni « intervenir dans la fixation du montant des retraites et l’allongement de la durée de cotisation »,

- ni « limiter la hausse des prix »,

- ni s’opposer « à une fermeture d’usine ou une vague de licenciements »,

- ni fixer les tarifs du TGV ou du gaz,

- ni « décider d’un encadrement des loyers »,

- ni « bannir les OGM », etc.

On l’aura compris avec cette liste impressionnante, les régions et à fortiori les municipalités ne peuvent rien changer en ce qui concerne le travail, le logement, le chômage, la santé, la retraite, les prix, les transports ou l’agriculture.

Alors à quoi servent donc les régions et les municipalités ? C’est là que l’article d’Andréani devient intéressant. Selon lui, elles ont « un rôle clé dans les questions d’aide sociale », elles sont « un bon bouclier » (dixit Claude Bartolone) pour les couches populaires. En effet, « plus l’Etat se décharge d’un certain nombre de missions sur les collectivités pour alléger ses problèmes financiers, plus il renforce leur pouvoir ». Et les collectivités de gauche (et demain les collectivités menées par LO ou la LCR en cas de victoire électorale de ces organisations) « s’emploient à reboucher les trous ou à combler les carences » de l’Etat. Et pour cela quelle solution ont-ils ? Augmenter les impôts locaux (donc pressurer les salariés) ou augmenter l’endettement des collectivités (ce qui à terme les conduira à perdre le pouvoir…. Ou à augmenter les impôts locaux). Les municipalités sont donc complètement coincées. Comme l’écrit Andreani, « les élus locaux n’ont pas vocation, en tant que tels, à organiser des rassemblements régionaux de contestation, aptes à se fédérer en un mouvement national. Dans ce contexte, l’idée d’un bloc des territoires de gauche se dressant contre le gouvernement et l’obligeant à reculer sur ses projets serait une vue de l’esprit. »

Si une telle stratégie est une « vue de l’esprit » pour le PS, qui détient presque toutes les présidences de régions et a au moins 33 000 élus (1), pour la LCR et LO la présence au sein des institutions est, plus prosaïquement, une escroquerie politique, du moins tant que ses organisations se prétendront « révolutionnaires » ou « communistes ».

(1) Les élus ont un rôle décisif pour les partis institutionnels. Ainsi les 13 000 élus du PCF lui rapportent 17 millions d’euros par an (dont 9 millions assurés par les conseillers municipaux et généraux)

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Les trotskystes font table rase….de leur passé

Voilà ce qu’écrivait l’Internationale communiste en 1920 à propos des élections municipales :

« Au cas où les communistes obtiennent la majorité dans les institutions municipales, ils doivent :

a) créer une opposition révolutionnaire au pouvoir central bourgeois ;

b) faire tout pour rendre service à la population pauvre (mesures économiques, organisation ou tentative d’organiser une milice ouvrière armée, etc.) ;

c) en toute circonstance signaler les obstacles que le pouvoir d’État bourgeois dresse contre tout grand changement effectif ;

d) sur ce terrain mener une propagande révolutionnaire énergique sans craindre les conflits avec les pouvoirs d’État ;

e) dans certaines circonstances (dans une situation révolutionnaire aiguë) remplacer les organes locaux municipaux par des soviets locaux de députés ouvriers. 



De cette façon tout le travail des communistes dans les institutions municipales doit être une partie de leur travail de désagrégation de l’État capitaliste. »

(Résolution du IIe congrès de l’Internationale communiste sur le parlementarisme, 1920.)