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L’ « islamo-gauchisme » est un concept confus et erroné,

jeudi 13 décembre 2007, par Yves

même s’il désigne une réalité néfaste

Un nouveau « concept » est apparu dans le vocabulaire politique depuis quelques années, celui de l’« islamogauchisme ». Employé par des gens d’opinions très diverses, de républicains de gauche qui tiennent des propos à la limite du racisme anti-Arabes sous prétexte de défendre la sacro-sainte « laïcité française » (l’UFAL, les sites Respublica et le pire d’entre tous le site Riposte laïque ; cf. http://www.mondialisme.org/article.php3?id_article=844) mais aussi par des féministes modérées comme celles de Prochoix (rappelons qu’elles ont appelé à voter à la présidentielle pour Ségolène Royal, cette énarque qui trouve obscènes les 35 heures, le SMIC à 1500 euros bruts et veut gouverner avec les centristes de Bayrou), sans compter des journalistes de tous les bords politiques.

Ce concept a trois inconvénients majeurs :

-  - le premier c’est l’usage du terme « gauchiste ». Ce terme a été popularisé par Lénine dans La Maladie infantile du communisme. Le dirigeant russe qualifiait et dénonçait ainsi, dans les années 20, ceux qui étaient beaucoup plus radicaux que les bolcheviks. Pour schématiser, les « gauchistes » de l’époque remettaient en cause l’utilisation du Parlement par les révolutionnaires, le militantisme dans les syndicats et l’alliance avec la social-démocratie. Ils prônaient en quelque sorte la révolution socialiste armée immédiate et se montraient davantage favorables à la dictature des conseils ouvriers qu’à celle du Parti - à l’exception des communistes de gauche italiens.

Le terme de « gauchisme » a connu une nouvelle popularité dans les médias et dans le vocabulaire courant, après Mai 1968, à cause de son usage intensif par le PCF. Les staliniens, et à leur suite tous les journalistes bourgeois, appelaient (ou plutôt dénonçaient) ainsi les militants maoistes ou trotskystes. Or, pour ne prendre que le cas que la France, la plupart des militants trotskystes (ceux du Parti des travailleurs, de Lutte ouvrière) n’ont aucune illusion sur l’islam et l’islam politique, ne défendent pas le port du voile à l’Ecole, et ne soutiennent pas non plus le Hamas ou le Hezbollah, ou le régime iranien.

Ils ne sont donc ni « gauchistes » ni « islamogauchistes ».

-  le second inconvénient est que ce concept suggère explicitement que lesdits « islamogauchistes » ne seraient indulgents qu’envers l’islam ou l’islam politique. Or c’est tout simplement faux : ceux que l’on baptise « islamogauchistes » sont aussi favorables à la fumeuse théologie de libération catholique. Dans un article paru dans Libération ("Les lepénistes de l’islam") Caroline Fourest mentionne d’ailleurs de façon totalement acritique la Jeunesse ouvrière chrétienne et la théologie de la libération, tout comme les « islamogauchistes » qu’elle dénonce (http://www.prochoix.org/freretariq/integ.html). (1)

Le fond du problème n’est donc pas l’attitude de ces gens-là vis-à-vis de l’islam, ni leur gauchisme totalement imaginaire, mais leur attitude vis-à-vis de toutes les religions, comme tente de le montrer le texte intitulé « Les dix commandements de la gauche bondieusarde » (cf. http://www.mondialisme.org/article.php3?id_article=1067)

La question par conséquent est bien plus vaste que l’attitude de certains altermondialistes, intellectuels de gauche ou d’extrême gauche, ou militants tiersmondistes vis-à-vis du seul islam ou de l’islam politique. Si l’on voulait la traiter sérieusement il faudrait s’intéresser à toutes les passerelles et les points communs qui existent entre les prétendus « islamogauchistes » et les courants multiculturalistes et aussi identitaires (féminismes bourgeois, nationalismes régionaux, mouvements « ethniques », voire mouvements homosexuels, transgenres, etc.), car on retrouve en grande partie le même vocabulaire et les mêmes raisonnements dans ces courants qui, à première vue, ne semblent pas avoir grand-chose en commun. C’est leur hostilité confuse ou consciente à tout universalisme, tout internationalisme de classe et à toute idée de transformation révolutionnaire qui les réunit dans la défense d’une myriade de particularismes identitaires.

- le troisième inconvénient de ce concept est que 99 % des personnes étiquettées comme « islamogauchistes » n’ont aucune envie de faire la révolution, ni en France ni ailleurs. En France, elles votent généralement pour la gauche pourrielle, ce qui est aux antipodes d’une attitude révolutionnaire. Et sur le plan international, elles se bornent à soutenir certains Etats « progressistes » (à leurs yeux) ou certains mouvements « de libération » nationale qui opprimeront demain leurs peuples au nom d’un anti-impérialisme fictif et de la défense des intérêts du Capital national.

C’est donc leur faire bien trop d’honneur que de les traiter de « gauchistes » avec ou sans le préfixe « islamo »....

Pour toutes ces raisons, il me semble préférable de parler d’une « gauche théophile » ou « philothéiste »* que d’ « islamogauchisme ».

Cela permet de mieux centrer le débat sur les questions essentielles, celles de l’athéisme, du rationalisme et du matérialisme, plutôt que d’aboyer avec les loups à la fois contre l’islam (considérée de façon abstraite) et contre le « gauchisme » (vieille antienne stalinienne).

Y.C.

10/12/2007

* En attendant que quelqu’un trouve un terme plus évocateur et plus précis politiquement.

1. On retrouve la même timidité, la même absence de sens critique sur le site libertaire Barricata qui écrit :

"La théologie de la libération est née dans un contexte bien particulier, celui de la résistance aux dictatures militaires, fascistes ou communistes d’Amérique latine à la fin des années 60. Elle a puisé dans le message christique pour défendre la liberté et la justice sociale avant de se dissoudre dans un mouvement de gauche radicale plus large qui a renoncé à être un système politique au profit d’une éthique."

Quel charabia !
D’une part, il n’y a jamais eu de "dictatures communistes en Amérique latine" (à moins d’y inclure le régime stalinien de Cuba, or les théologiens de la libération ont toujours été procastristes. L’auteur est visiblement très mal informé.). D’autre part, il ignore que Frei Beto, le grand prêtre de la théologie de la libération, est un des conseillers du président Lula, ce caniche du FMI... Et enfin, que fait cette "gauche radicale" en ce moment en dehors de propager une éthique fumeuse ?